Le paludisme est endémique en Bolivie, où les forêts amazoniennes offrent un terrain de multiplication fertile pour les moustiques. Le climat tropical provoque de fortes averses et des inondations, limitant l’accès aux soins de santé pour des milliers de personnes vivant dans des endroits reculés et difficiles d’accès.
Alors comment se fait-il que la Bolivie ait pratiquement éliminé le paludisme ?
« En peque-peque, il faut 22 heures pour atteindre les communautés les plus reculées » - Ruben Salazar Montero, agent sanitaire mobile.
Les « peque-peque » sont des petits bateaux à moteur, et souvent le seul moyen d'atteindre les communautés éloignées dans la région amazonienne de la Bolivie.
« Cependant, comme nous nous arrêtons dans toutes les communautés, il nous faut de 18 à 20 jours pour couvrir toute la région et finir notre travail. »
Il est vital d’atteindre ces communautés isolées : 98 % des cas de paludisme sont enregistrés dans la région amazonienne du pays où les travailleurs migrants, comme les castañeros ou les cueilleurs de noix du Brésil, courent le risque le plus élevé.
On estime que plus de 35 000 travailleurs saisonniers vivent dans des zones difficiles d’accès dans le bassin amazonien, à proximité des rivières. Pour résoudre ce problème, des équipes sanitaires mobiles se déplacent en utilisant des motocyclettes pendant la saison sèche et de petits bateaux à moteur pendant la saison des pluies lorsque l’accès n’est possible que par bateau.
« Le programme de pulvérisation et de fumigation n’a pas suffi à éradiquer le paludisme. Par contre, le fait d’enseigner aux personnes comment utiliser correctement les moustiquaires a été déterminant. »
Les équipes sanitaires mobiles sont composées de quatre personnes, dont trois se déplacent, tandis que l’une reste au dispensaire pour garantir un diagnostic et un traitement rapides du paludisme.
Les agents itinérants transportent avec eux tout le matériel dont ils auront besoin, notamment des insecticides, des fumigateurs, des moustiquaires et des tableaux de papier pour les séances de santé communautaire.
« Nous insistons sur la façon de prendre soin des moustiquaires, et sur l’importance de les aérer à l’ombre et en plein air pendant 24 heures en évitant toute exposition au soleil. Les moustiquaires doivent être lavées tous les six mois si nécessaire, ce qui leur permettra de durer de trois à cinq ans. Elles devraient être lavées simplement avec de l’eau et du savon, sans détergent, car elles sont enduites de répulsif »
Mettre en place des mesures préventives telles que la distribution de moustiquaires, la fumigation dans les zones où les épidémies se déclarent et l’éducation sanitaire, a eu un impact remarquable.
« Mes collègues et moi nous nous réjouissons de ces résultats positifs. En tant que travailleur sanitaire mobile, je suis heureux, j’aime mon travail et je travaille sur ce programme national de lutte contre le paludisme depuis plus de 23 ans », poursuit Rubén.
Pour que personne ne soit oublié dans la lutte contre le paludisme, et que diagnostic et traitement soient mis à la disposition de tous, 185 dispensaires communautaires ont été créés. Ils sont gérés par des volontaires locaux qui reçoivent une formation et une assistance technique qui leur permet de traiter les cas de paludisme dans leur communauté.
Dilma Montero Guallani, 59 ans, est bénévole dans le village de Pekín.
« Auparavant, Sena ou Riberalta étaient les seuls endroits où aller pour savoir si vous aviez le paludisme. D’ici, il faut presque 2 jours pour se rendre à Sena en bateau à moteur. Sinon, vous deviez compter sur des remèdes faits maison », a-t-elle expliqué.
La mise en place de dispensaires communautaires permet aux populations locales de jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre la propagation de la maladie.
« Certains jours, il arrive que quatre à cinq personnes viennent me voir. Parfois, ils viennent même la nuit. » - Dilma
« Cela me fait plaisir, car cela aide ma communauté. Si je n’étais pas là, ou si je n’avais pas voulu le faire, comment connaîtrions-nous les maladies auxquelles nous sommes exposés, en particulier le paludisme ? »
« Nous nourrissions les moustiques. Je voulais partir, mais je n’avais nulle part où aller. »
Maria Rodriguez Álvarez, 61 ans, vit dans la ville de Guayamerín depuis plus de 30 ans. En tant que veuve avec sept enfants à charge, elle a acheté un terrain en ville. Son but était de construire une maison qui permettrait à ses enfants de fréquenter une école à proximité. Elle n’avait pas réalisé que son terrain allait être inondé pendant la saison des pluies, de janvier à mars.
« Personne ne pouvait arriver jusqu'ici. J’étais entourée d’eau. Nous avons dû trouver un canoë pour aller en ville. Nous avons souffert », a-t-elle expliqué.
La montée des eaux a non seulement isolé sa famille, mais a également entraîné un risque accru de paludisme.
« J’ai eu le paludisme plusieurs fois. Tous mes enfants ont attrapé cette maladie. Si mon fils était hospitalisé, le jour suivant il s’échappait. Parfois, il rentrait à la maison avec sa perfusion de solution saline. Il ne voulait pas rester à l’hôpital », a-t-elle expliqué. « Je suis veuve et il me reste sept enfants que j’ai élevés toute seule. Dieu merci, le paludisme n’a pris aucun de mes enfants. »
Le paludisme tue encore environ 450 000 personnes par an dans le monde – notamment un jeune enfant toutes les deux minutes. Selon l’Organisation mondiale de la santé, on estime à 216 millions le nombre de cas de paludisme en 2016.
Pourtant, grâce aux interventions du gouvernement et de ses partenaires, la Bolivie a fait des progrès nationaux impressionnants dans la réduction du paludisme. La Bolivie a connu près de 30 000 cas en 2000, contre 6 800 en 2017. Cette diminution signifie qu’un plus grand nombre de personnes peuvent continuer à travailler ou à aller à l’école et mener une vie saine.
D’autre part, aucun décès lié au paludisme n’a été signalé au cours des cinq dernières années et l’un des types de paludisme les plus dangereux, voire mortel, P. falciparum, a déjà été éliminé. L’objectif est maintenant de poursuivre les activités de prévention et de traitement, dans le but d’éliminer totalement la maladie.
« De nombreux moustiques se reproduisent ici, mais les travailleurs nettoient toujours les eaux et pratiquent la fumigation. Cela a permis de réduire le paludisme », a expliqué Maria.
Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 a fixé des objectifs ambitieux pour mettre fin à l’épidémie de paludisme d’ici à 2030 et parvenir à une couverture sanitaire universelle. Cette année, le gouvernement bolivien mène une vaste campagne de distribution de 91 000 moustiquaires pour protéger plus de 180 000 personnes vulnérables, avec le soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Les distributions se concentrent sur les femmes enceintes, les populations migrantes et les personnes vivant en zones urbaines et rurales. Afin de garantir une utilisation correcte des moustiquaires, un diagnostic rapide et l’observance du traitement, les professionnels de santé effectuent des visites à domicile, apprennent aux personnes à se protéger et leur expliquent où se rendre pour se faire soigner.
« Lorsque nous sommes là, les personnes reçoivent l’aide dont elles ont besoin. »
Conformément au Plan stratégique du PNUD 2018-2021 et comme indiqué dans la Stratégie VIH, santé et développement 2016-2021 du PNUD : Relier les points, le PNUD s’associe au Fonds mondial pour soutenir et renforcer les réponses nationales multisectorielles au paludisme dans sept pays et dans le cadre d’un programme régional dans le Pacifique, en fournissant un soutien intégré aux politiques, aux programmes et au développement des capacités.
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