Depuis des générations, des exploitations familiales cultivent du cacao en Amazonie équatorienne, une région reconnue pour produire le meilleur chocolat au monde. Pourtant cette industrie est au bord de l'effondrement. Le travail est épuisant, les revenus sont faibles et, pour compenser la baisse des rendements, les agriculteurs en difficulté abattent de plus en plus de forêts pour faire place aux cacaoyers.
« La vie d'un producteur de cacao est vraiment, vraiment difficile, explique Carlo Ruiz, responsable de l’unité Développement Économique Inclusif du PNUD en Équateur. Par conséquent, beaucoup de jeunes ne restent pas dans la région » .
Il fallait donc repenser l’industrie du cacao équatorien : « Je suis un grand amateur de café, et je commençais alors également à me lancer dans l'innovation », dit Carlo.
Comme beaucoup d'autres, Carlo se demandait si l'innovation n'était qu'un mot vide à la mode ou quelque chose qui pouvait apporter un réel changement. Comment améliorer la vie des agriculteurs et inciter les jeunes à rester ? Comment rendre les exploitations plus productives et augmenter les revenus?
Il a d'abord envisagé la traçabilité - une tendance populaire qui permet aux consommateurs de savoir qui fait pousser le cacao et produit leur barre de chocolat - mais a décidé qu'elle ne pourrait pas à elle seule produire les résultats escomptés.
« C'est à ce moment-là que nous avons commencé à réfléchir à la façon dont nous pouvons utiliser la technologie comme outil pour quelque chose de plus vaste », dit-il.
Carlo s'est alors tourné vers le laboratoire d'innovation du PNUD à Istanbul et vers la FairChain Foundation (en anglais) d'Amsterdam pour étudier le potentiel de la blockchain - une technologie qui crée un registre virtuel d'enregistrements qui ne peuvent pas être manipulés et qui sont entièrement traçables. Son objectif ultime était de voir si la technologie pouvait fournir des résultats équitables aux agriculteurs et les aider à protéger leur environnement.
« J'avais un peu peur, la blockchain sonne bien, mais comment ça fonctionne? Nous étions un peu perdus, car c'était quelque chose que nous ne connaissions pas. »
Fairchain est intervenu avec les connaissances techniques pour guider le processus de développement et le partenariat a livré The Other Bar (en anglais) - la première barre de chocolat à valeur partagée blockchain au monde.
L’initiative a été entièrement financée par l’investissement du PNUD dans le pays et des fonds de la fondation FairChain.
Les consommateurs sont maintenant en mesure de tracer chaque ingrédient d'une barre de chocolat et de s'assurer qu’il est de source équitable et durable. Le prix reflète l'impact sur l'écosystème et les coûts réels de production et d'exportation, les agriculteurs recevant une part beaucoup plus importante que par toute autre méthode de distribution.
Après avoir acheté leur barre de chocolat, les clients peuvent décider d'utiliser le jeton blockchain sur l'emballage pour acheter un arbre ou pour recevoir une remise sur leur prochain achat.
« Avec The Other Bar et notre technologie blockchain, nous donnons aux consommateurs plus qu'une voix. » explique Guido van Staveren, PDG de FairChain Foundation. « Nous leur donnons les moyens d'agir et de décider où investir. »
Les revenus de The Other Bar permettent aux producteurs d'embaucher de l'aide supplémentaire pendant la période de récolte. Des salaires plus élevés se traduisent aussi par davantage d'emplois, de formation, de compétences et d'opportunités pour les jeunes. Enfin, le volet plantation d'arbres du projet permet un meilleur stockage du dioxyde de carbone, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique.
« Les consommateurs savent maintenant que cette barre de chocolat tient ses promesses. Nous faisons les choses correctement et appuyons les agriculteurs » - Carlo Ruiz
Avec un modèle économique solide et équitable en place, Carlo Ruiz se tourne vers de plus grands marchés. L’industrie du chocolat représente plus de 105 milliards de dollars américains et les grandes marques commencent à investir dans des produits équitables qui procurent plus que des bénéfices financiers aux actionnaires.
« La mesure de notre succès sera le nombre de grandes marques engagées dans ce mécanisme ».
Carlo estime que les nouveaux modèles commerciaux ont un rôle crucial à jouer alors que le PNUD et les Nations Unies débutent la Décennie d'Action, un effort concerté pour atteindre les Objectifs de développement durable d'ici 2030.
Il sait aussi qu'un esprit ouvert est l'un de nos meilleurs outils pour une nouvelle approche des problèmes.
« Nous n'avons pas peur d'apprendre. Il faut aborder les défis de manière différente pour ne pas devenir hors de propos. »
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