Plus de 70 pays dans le monde, dont une trentaine en Afrique subsaharienne, autorisent explicitement la pénalisation du VIH. Le PNUD et le Fonds mondial agissent en partenariat pour mettre la justice au coeur de la lutte contre la stigmatisation.
« Quand je lui ai rendu visite en prison, elle se sentait coupable. Lorsque je lui ai fait savoir qu’elle ne l’était pas, elle a fondu en larmes. Elle n’en revenait pas, elle ne connaissait pas ses droits ».
Maître Wesley Mwafulirwa était chez lui, au Malawi, lorsqu’il l’a appris la nouvelle. El[1], une jeune femme vivant avec le VIH sous traitement antirétroviral, avait été arrêtée pour avoir allaité l'enfant d'une autre personne. Jugée sans avocat, elle a été condamnée à neuf mois de prison.
[1] Certains noms et détails ont été modifiés pour protéger la vie privée des personnes mentionnées.
El assistait à un événement et venait de finir d'allaiter son bébé lorsqu’une amie sollicita son aide.
« Elle m’a demandé si je pouvais porter son enfant un instant, » explique El.
Alors qu’elle tenait le nourrisson, elle remarqua que celui-ci avait pris le sein et le retira immédiatement.
Malgré cela, El a été arrêtée et, pour la première fois de sa vie, a dû quitter sa communauté pour comparaître devant un tribunal. Elle était accusée d'avoir commis un acte de négligence et d’imprudence, de nature à propager une maladie mortelle.
« J'ai essayé de me défendre, de leur expliquer que ce n’était pas volontaire », dit-elle. « Les examens médicaux ont révélé que le bébé n'était pas infecté, mais ils n’ont pas voulu m’écouter jusqu’au bout », ajoute-t-elle.
Jeune avocat engagé dans la défense des droits de l'homme, Maître Wesley a senti qu'il était de son devoir d'agir. Il a commencé par recueillir des preuves d'experts pour démontrer le « caractère infime du risque » de transmission du VIH par allaitement maternel chez les femmes sous traitement antirétroviral. Il était également déterminé à prouver qu'El n'avait pas intentionnellement donné le sein à l'enfant, et qu'elle ne savait pas, ni ne croyait, que l'allaitement maternel était susceptible de propager le VIH.
« Cette femme n'avait pas les moyens d’engager un avocat pour se défendre »,indique Wesley. « Je revenais juste d'une formation sur la pénalisation du VIH, et j’ai pensé pouvoir faire quelque chose. Ainsi, je me suis saisi du dossier bénévolement ».
Le PNUD et le Fonds mondial travaillent dans 10 pays africains pour appuyer les activités menées en faveur des droits de l'homme, notamment en termes de protection des personnes vivant avec le VIH et la tuberculose. La documentation des cas de violations des droits humains, de contentieux stratégique et de renforcement des capacités des professionnels du droit entrent dans ce cadre.
La formation que Maître Wesley a reçue a été organisée par le Southern Africa Litigation Center (Centre des litiges de l'Afrique australe), l'une des quatre organisations de la société civile africaine chargées de la mise en œuvre du programme correspondant. Le Centre a également constitué une équipe d'avocats et d’activistes locaux pour diligenter le recours introduit et créer un groupe de soutien en faveur d’El.
« C'était terrible ...d’autant plus que j'avais un bébé », déclare El.
El était emprisonnée avec son dernier enfant d’à peine 11 mois, les obligeant à se partager des rations limitées.
Le 19 janvier 2017, après cinq mois de détention, le recours a été porté devant la Haute Cour. Cette fois, El était dûment représentée.
« Nous sommes retournés devant le tribunal et les membres des organisations ont tout expliqué en détail », dit-t-elle.
La Haute Cour a acquitté El et ordonné sa relaxe immédiate.
Conformément aux recommandations de la Commission mondiale sur le VIH et le droit, la Cour a conclu qu'il n'y avait aucune preuve d’intention de transmettre le VIH et que les éléments scientifiques produits par l’accusation n'avaient pas démontré que l'allaitement maternel par une femme sous traitement antirétroviral était susceptible de transmettre le virus.
En outre, la Cour a estimé que la peine lui infligée était excessivement sévère, et déclaré que l'incarcération de femmes avec leurs enfants doit rester une mesure de dernier ressort.
Cette décision historique a ainsi réitéré que la fonction de la loi devrait être de protéger les personnes vivant avec le VIH des « conséquences injustes de la panique au sein de la population ».
Depuis le verdict, El continue de travailler avec son groupe de soutien pour remédier au traumatisme qu'elle a vécu, ainsi qu’à l'impact douloureux de la stigmatisation et de la discrimination liées au VIH.
L'équipe a également collaboré avec le chef du village d’El et sa communauté pour sensibiliser le public au VIH, conduisant à la création d'un groupe de soutien au profit des personnes vivant avec le VIH.
« La situation a changé, je ne fais plus l’objet de discrimination », affirme El.
« La séropositivité n’est pas la fin du monde, ni le VIH un crime, » conclut El.
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