À l'échelle mondiale, on estime à 6 000 le nombre de jeunes femmes et filles infectées par le VIH chaque semaine (ONUSIDA, en anglais). C'est une réalité particulièrement dévastatrice en Angola, où les nouvelles infections au sida chez les femmes âgées de 15 à 24 ans représentent plus du double de celles de leurs congénères masculins.
Mais une nouvelle génération de militantes se bat contre cette situation. En mobilisant les communautés locales, elles sensibilisent les femmes et les filles au VIH et autres problèmes de santé, et améliorent l'accès aux services de bases tout en luttant contre les inégalités.
Si la fin de la guerre civile en Angola en 2002 a marqué un nouveau départ pour le pays, les inégalités généralisées, la pauvreté et la sécheresse provoquée par le changement climatique ont poussé à l'extrême les défis d'adaptation de la population locale. L'Angola est l'un des rares pays d'Afrique où le sida et ses victimes ont augmenté au cours des dix dernières années.
On estime qu’en Angola seulement 42% des personnes vivant avec le VIH sont au courant leur statut. C'est loin de l'objectif mondial de 90% des personnes vivant avec le VIH ayant connaissance de leur statut sérologique d'ici 2020. Améliorer l'accès aux services de dépistage du VIH, tout en évitant la stigmatisation qui les accompagne trop souvent, sera essentiel. Pour les adolescentes et les jeunes femmes, cela signifie que les approches en matière de VIH doivent être adaptées, accessibles et les informations vitales partagées par une personne de confiance.
C'est pourquoi des groupes communautaires dirigés par des femmes, connus sous le nom de Bancadas Feminanas , ont commencé à opérer dans les villes angolaises. Menés par des Activistas ou militantes, les groupes travaillent en langues locales pour sensibiliser davantage au VIH et autres problèmes de santé et encourager les femmes et les filles à se renseigner sur leur statut sérologique.
Comme le souligne la Commission mondiale sur le VIH et le droit, un accès confidentiel et indépendant aux services de santé est la meilleure garantie pour se protéger du virus. Mais les jeunes font souvent face à des obstacles juridiques et politiques pour accéder à ces services de dépistage, certains pays exigeant le consentement de leurs parents ou de leurs tuteurs. Il est primordial de relever ces défis et d’ouvrir le débat sur le VIH dans les familles et les communautés.
« J'ai déjà fait un test VIH avec une Activista. Au début, j'avais peur mais elle a commencé à me parler et me demander si j'allais bien. Maintenant je peux en parler à ma famille. Au début, ils disaient “ces choses sont pour les personnes âgées ; tu ne peux pas en parler ici. ” Mais, ils ont commencé à s'y habituer et à m’en parler. »
Les adolescents évitent souvent les services spécialisés et se font moins dépister que les adultes. Pour cette raison, les Activistas reçoivent une formation sur la mobilisation sociale en rapport au VIH et font connaître leurs séances de rencontres via les écoles et les églises. Ces réunions prennent aussi place dans leurs propres quartiers et dans les places de marchés afin d’atteindre aussi les adolescentes non scolarisées.
En Afrique subsaharienne, sept jeunes femmes sur dix n'ont pas de connaissance approfondie du VIH, et sont confrontés aux idées fausses qu’alimentent la peur et la discrimination. Des organisations dirigées par les communautés mêmes sont bien placées pour supprimer ces obstacles, en suscitant la confiance et rn traitant leurs pairs avec respect et dignité.
Felismina, 14 ans, membre du groupe de Bancadas Femininas à Ondjiva explique :
« Mes amis me disaient “ils vont te donner le sida” et je leur répondais “ne dites pas de bêtises” et je leur expliquais ce que j’apprenais. Maintenant, l'un d'entre eux est également présent dans le groupe. »
Pour sensibiliser davantage les jeunes femmes et les adolescentes du pays au VIH et aux problèmes de santé, les activistes utilisent des récits, de la musique et des pièces de théâtre.
À ce jour, les Bancadas Femininas, soutenues par le PNUD, le FNUAP, l'ADPP (Ajuda de Desenvolvimento de Povo para Povo Angola) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ont atteint et ont aidé plus de 33 000 adolescentes et jeunes femmes.
Pour Maria da Conceição, 17 ans :
« Je suis fière de voir une femme forte diriger le groupe. Je me dis toujours, que je dois faire tout mon possible pour un jour être comme elle. Consacrer davantage ma vie aux autres. Leur parler. Pour cela, il me faut apprendre. Être activiste est une très bonne chose »,
En 2018, en Angola, seules 38% des femmes enceintes vivant avec le VIH ont eu recours à des antirétroviraux afin d’éviter la transmission du virus à leur bébé. La prévention de la transmission du VIH à la prochaine génération est fondamentale pour vaincre l'épidémie, et les réseaux de femmes enceintes et de mères jouent un rôle majeur en offrant protection sociale, sécurité, solidarité et soutien à leurs pairs.
Laura Armando, 32 ans, habite à Luanda et a récemment découvert qu'elle était séropositive :
« Je ne savais rien et je ne comprenais rien. On m’a dit que j'avais le sida mais que mon mari non. Et j'ai quatre enfants. »
Ses enfants ont été testé négatifs au VIH et Laura prend maintenant part à un groupe de soutien mutuel qui aide les femmes enceintes à obtenir un traitement contre le virus. « On me montre comment prendre mes médicaments pour que mon bébé ne contracte pas le VIH. »
En partenariat avec l'INLS (Institut national de lutte contre le sida en Angola), le PNUD et le Fonds mondial travaillent avec les réseaux locaux et les groupes communautaires afin d’atteindre davantage de femmes enceintes vivant avec le virus. Le PNUD collabore avec ses partenaires locaux sur l’élaboration d’un plan national pour l’élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Intitulé « Born Free to Shine », le programme est dirigé par la première dame angolaise Ana Dias Lourenco.
Alzira Fonseca Viera, 22 ans, fait partie de l'association « Luta pela Vida » (lutter pour la vie) pour les femmes vivant avec le VIH :
« J'ai réalisé que la famille, ce n'est pas que des liens de sang. Nous pouvons faire en sorte que d'autres femmes fassent partie de notre famille, qu'elles en deviennent des membres à part entière. Je ne savais pas qu'il y avait des rencontres entre femmes séropositives. Je suis impressionnée ! Il y a une femme médecin dans notre groupe que je trouvais très jeune. J’ai appris par la suite qu'elle vivait avec le sida depuis plus 20 ans. Cela m'a donné de la force et je me dis que je peux aussi y arriver. »
Le soutien fourni par le PNUD, le Fonds mondial et des partenaires locaux vise à habiliter les femmes et les adolescentes par le biais d’initiatives dans leurs propres communautés. Les femmes et les adolescentes vivant avec le VIH sont en première ligne dans la lutte contre l'épidémie et sont les mieux placées pour apporter un soutien à leurs pairs. Grâce au travail des ces organisations, plus de 24,5 millions de personnes avait accès au traitement du VIH dans le monde à la mi-2019 .
Dans un monde caractérisé par des inégalités croissantes, l’instabilité et la discrimination, les communautés font partie de la solution à ces défis mondiaux. Que ce soit pour atteindre l'Objectif de développement durable 3 visant à assurer une vie saine et le bien-être de tous, l'Objectif 5 de l'égalité des sexes, l'Objectif 16 de la paix, la justice et des institutions solides, l'Objectif 10 de réduction des inégalités, ou de nombreux autres Objectifs de développement durable, le rôle des organisations communautaires est plus important que jamais.
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