Ibrahim Adam Fulhu pointe du doigt une ferme victime de l’érosion. La où se trouvait jadis un champ et une bâtisse, il ne reste qu'un arbre effondré et des bouts de bois.
« C'est la force de la nature, face à elle nous sommes démunis ».
Ibrahim est membre du conseil de village de l'île Maabaidhoo, une communauté durement touchée par le tsunami de 2004. « Chaque fois qu'une vague s’échoue sur le rivage, l'érosion empire », déplore-t-il.
Les Maldives, constituées de quelque 1 200 îles dans l’Océan indien, sont le pays le plus bas du monde : 80% des îles sont situées à peine à un mètre au dessus du niveau de la mer.
Pour ses 400 000 habitants, le changement climatique est une menace constante. Si aucune action n’est menée d’urgence, les Maldives, à l’instar de nombreuses autres nations insulaires du monde, pourraient bientôt disparaitre.
Selon les prévisions scientifiques, l’élévation du niveau de la mer submergera la plupart des îles d’ici 2050. Les conséquences de l'érosion et de l'élévation du niveau de la mer sont visibles, et les populations locales en sentent déjà les effets.
« Nous essayons d'assurer un avenir où les gens pourront garder leur mode de vie », explique Ahmed Shifaz, chargé des questions de changement climatique au PNUD. « Les tempêtes sont devenues plus intenses et les précipitations plus fortes. Les périodes de sécheresse sont plus longues, provoquant des pénuries d'eau. La hausse des températures des océans entraîne de graves épisodes de blanchissement corallien. L'érosion des terres s’accélère
Ameena Hussain, une agricultrice locale, est une victime directe des forces de la nature.
« J'ai perdu des centaines de bananiers, ce qui m’a couté mon revenu », raconte Ameena.
Une étape importante pour venir en aide à Ameena et à ses voisins consiste à créer des cartes de risques, qui permettront de guider les plans d'intervention d'urgence. Les images d’une même zone prises à différents moments, y compris avant et après une catastrophe, peuvent aider à élaborer des mesures pour protéger les personnes et les biens contre les aléas des changements climatiques.
Pourtant, la création de cartes de risques n'est pas aussi évidente qu'elle n'y paraît. Dans ce pays qui compte plus de 160 îles habitées disséminées sur une vaste superficie, il faut près d’un an pour cartographier de manière réaliste 11 îles, ce qui est bien trop long.
Face à cette situation, le PNUD et le gouvernement ont trouvé une idée novatrice : faire voler des drones au dessus des îles pour créer des cartes tridimensionnelles et reproduire la topographie du terrain.
Et les premiers résultats sont très prometteurs: il n’a fallu qu’un jour à un drone pour cartographier toute une île.
« Ce qui est le plus frappant à mon sens, c'est la topographie ce cette île », indique Umar Fikry, du Centre national de management des catastrophes, en nous montrant l’écran de son ordinateur portable. « Voici d’habitude le côté de l’île qui est balayé par les tempêtes pendant la mousson. Pour pouvoir agir, il est essentiel d'avoir ces informations visuelles. L’identification des points d'entrée possibles sur l'île, mais aussi des endroits les plus exposés aux risques de catastrophes naturelles, peut nous aider à décider rapidement de la façon d’acheminer fournitures et secours. »
Le PNUD a noué un partenariat avec la société chinoise DJI, leader mondial dans la fabrication de drones. Une équipe locale travaille désormais en collaboration avec le centre national de gestion des catastrophes et l’armée pour tirer le meilleur profit de l’utilisation des drones.
La carte 3D complète de l'île de Maabaidhoo indique d’un côté l’endroit où la côte a subi l’érosion; de l'autre, la zone où le sol est protégé par une plantation de mangrove. Pour Ibrahim et les autres dirigeants de la communauté, celle-ci offre des indices importants quant aux endroits les plus sûrs en cas de nouveau tsunami.
Certes, la réalisation de la carte n'a pris qu'un jour, mais il reste toutefois beaucoup d'autres îles à couvrir : ce n'est que le début. De plus, les drones seuls ne peuvent résoudre les défis posés par les changements climatiques, mais pourraient être un allié de taille pour les communautés en première ligne.
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