You’re viewing a version of this story optimized for slow connections. To see the full story click here.

Le Népal ouvre les robinets

Femmes et accès à l'eau sont au centre d'une transformation communautaire

Story by United Nations Development Programme January 9th, 2018

Binisera Lamichhane Mangar berce sa petite-fille de deux ans et, de sa main libre, tourne le robinet flambant neuf. Le tuyau gargouille et tout le village retient son souffle, jusqu'à ce que l'eau jaillisse, claire et fraîche.

À 72 ans, Binisera, l'une des plus anciennes résidantes du village, vient d'entrer dans l'histoire locale en inaugurant le premier système d'adduction d'eau de Gadhi, un village de 200 familles perché à 2 500 mètres de haut dans le district de Surkhet, au Népal.

Binisera Lamichhane Mangar et sa petite-fille de deux ans.

Gadhi revient à la vie, après une crise de 35 ans, après que les sources d'eau sur lesquelles les villageois comptaient depuis des générations se soient asséchées.

Aujourd'hui, les collines avoisinantes sont à nouveau vert émeraude et le village est le plus grand exportateur de produits laitiers du district. Au cœur de cette transformation se trouvent les femmes de Gadhi.


La colline surplombant le village de Gadhi.

« Presque tous les ménages ont maintenant au moins un ou deux buffles, c'est une bonne source de revenus », explique Man Kumari Rosa alors qu'elle prépare du fourrage pour son propre buffle. Elle affirme gagner 200 roupies (2 dollars EU) par jour grâce à la vente de lait.

Man Kumari Rosa abreuve son buffle.
Un réservoir d'eau trône à proxiité de sa maison.

Pour Sita Acharya, la voisine de Rosa, l'accès à l'eau a amélioré notablement l'hygiène de la famille. « Il est tellement plus facile pour nous de laver les vêtements », dit-elle. « Nous avons même [de l'eau] pour vider nos toilettes. »


House KRS_2164.jpg
Nepal_strawberry_farm.jpg
Sita Acharya fait sa lessive en puisant l'eau directement dans son jardin.

Vers la fin des années 1970, lorsque les sources d'eau ont commencé à tarir, la vie dans la région a été radicalement transformée. Les habitants de Gadhi, autrefois florissant, ont migré vers les plaines du sud, au climat plus favorable. Ceux qui n'avaient pas les moyens de partir - personnes âgées, veuves et pauvres - sont restés là. Gadhi est devenu un village fantôme.

Les trois réservoirs d'eau installés par le PNUD.
« J'ai passé la majeure partie de ma vie à aller chercher de l'eau. J'ai abandonné ma terre parce que je ne veux pas que mes filles et mes petites-filles souffrent comme moi. » - Binisera Lamichhane Mangar.
Binisera Lamichhane Mangar.

Pendant 35 ans, les femmes et les filles de Gadhi ont supporté l'essentiel du fardeau. Dans les familles rurales traditionnelles népalaises, elles sont responsables de toutes les tâches ménagères, y compris aller chercher de l'eau et cuisiner. Pour elles, l'arrivée de l'eau courante est une véritable transformation culturelle.

Sita Acharya suspend son linge à sécher.
Une jeune fille se sert au robinet.
Les villageois installent des réservoirs.
Water Girl tap KRS_2125-2.jpg

« Nous avions besoin d'un catalyseur », affirme Lok Nath Bhandari, président du Comité de gestion des risques de catastrophe communautaire de Bayalkanda et l'un des bénéficiaires de l'installation d'eau potable.

« Une fois que nous avons eu les fonds, tous les villageois se sont réunis ... nous avons tous retroussé nos manches et sommes parvenu à convaincre le gouvernement de prendre part au projet ».
Users working -KRS_2209.jpg
Pipe KRS_2091.jpg
Tank2 KRS_2086.jpg
People at work KRS_2386.jpg

Aujourd'hui, Gadhi semble avoir retrouvé sa gloire d'antan. Une fois de plus, les gens ont afflué vers ses pentes, et les quelques 200 ménages constituant le village ont désormais l'eau courante fournie par un système de distribution géré localement.

Smile KRS_2415.jpg

Selon Yesoda Chalise, une habitante, l'accès à l'eau potable transformé la vie des familles de différentes façons.

« Seuls ceux qui ont déjà souffert du manque d'eau peuvent comprendre ce que signifie avoir l'eau courante à domicile. Le temps et les efforts économisés peuvent désormais être investis à des activités plus productives comme la génération de revenus et l'éducation de mon enfant » dit-elle.
Water Woman - Tap KRS_2226.jpg

La Directrice adjointe du PNUD au Népal, Sophie Kemkhadze, affirme que l'appropriation locale est la clé du succès du projet. « Le projet est localement planifié et localement détenu, co-investi, mis en œuvre et entretenu par les hommes et les femmes de Gadhi », dit-elle, se référant à la façon dont la communauté reconnaît le besoin urgent d'accès à l'eau dans le village. « Le PNUD a simplement offert aux gens l'innovation et le savoir-faire technologique, afin de les responsabiliser », ajoute Kemkhadze.

Gadi KRS_2503.jpg

Sunita Lamichhane Magar, une activiste sociale locale, confirme que depuis que l'amélioration de l'approvisionnement en eau a permis aux femmes de disposer de plus de temps libre, il y a eu des progrès notables dans la sensibilisation à l'égalité des sexes.

« Maintenant que le fardeau sur les femmes s'est quelque peu réduit, elles ont commencé à participer plus activement à la prise de décision dans le village: elles sont plus enclines à envoyer leurs filles à l'école, à participer aux réunions des groupes d'utilisateurs et à créer des micro-entreprises lucratives », dit Magar.
Sunita Lamichhane Magar, activiste sociale, se rend à une réunion.

Ce que le projet a mis en évidence est la simple constatation qu'établir et moderniser l'infrastructure communautaire de base permet dans le même temps, de renforcer la résilience face aux effets néfastes du changement climatique. Pour cette petite communauté, l'accès à l'eau a été le tournant que les habitants attendaient depuis longtemps, celui qui a complètement changé leurs perspectives.

Hand Wash KRS_2230-2.jpg
Footnote: Texte et photos: Kamal Raj Sigdel & PNUD Népal
Nepal