Djibouti accueille plus de 27 000 réfugiés des pays voisins, soit environ 3% de sa population. Les camps ont l'une des plus fortes densités de réfugiés au monde, ce qui crée un terreau fertile pour la transmission de la tuberculose (TB).
Pour limiter la propagation de la maladie et garantir que personne ne soit laissé pour compte, le gouvernement de Djibouti, en partenariat avec le PNUD, le HCR et le Fonds mondial, s'efforce d'installer des services de diagnostic et de traitement dans les camps mêmes.
« Avant que je ne tombe malade, j'avais vu des personnes atteintes de TB, mais elles n'étaient pas de la famille. Donc, je ne savais pas vraiment ce que ça signifiait. » - Fatouma (25 ans).
Fatouma a fui la guerre civile en Somalie il y a sept ans, et vit depuis dans le camp de réfugiés d'Ali Addeh avec sa mère et ses quatre frères et soeurs. Le camp abrite 14 546 personnes, la majorité venant de Somalie, d'Éthiopie et d'Érythrée.
« Je ressentais des douleurs thoraciques et j'avais de la fièvre. Je me sentais tellement fatiguée que je ne pouvais pas bouger. Et puis j'ai commencé à tousser tout le temps, alors je suis allée au centre de santé du camp. »
Au centre de santé, Fatouma a été diagnostiquée comme atteinte de TB. Après deux mois de traitement à l'hôpital d'Ali Sabieh, à une heure de route du camp de réfugiés d'Ali Addeh, elle a pu revenir auprès de sa famille et poursuivre son traitement au camp.
« Le centre de santé du camp recevait les médicaments de l'hôpital toutes les semaines, alors, chaque matin pendant les quatre derniers mois de mon traitement, j'allais au centre de santé prendre mes médicaments contre la tuberculose, » explique-t-elle.
Plus de 10 millions de personnes dans le monde sont atteintes de TB chaque année et 40% d'entre elles ne sont pas diagnostiquées, ni reprises dans les systèmes de santé. Trouver ces « cas manquants » est un défi majeur, aggravé par le problème croissant de la tuberculose pharmacorésistante.
Le centre de santé et le laboratoire du camp s'attaquent à ce problème en permettant de poser le diagnostic et de gérer le traitement de la TB au camp. Cela signifie également que des patients comme Fatouma peuvent être auprès de leur famille pendant ce qui peut être un traitement long et difficile.
Avec son petit laboratoire, un microscope et une équipe dévouée, le centre de santé du camp a quasi réussi à interrompre le cycle de transmission de la tuberculose : le nombre de cas confirmés a diminué de moitié au cours des cinq dernières années
« Nous avons une équipe de sensibilisation très qualifiée qui s'engage auprès de la communauté, » explique Ali, l'infirmier en chef du centre de santé d'Ali Addeh. “ Il n'y a plus de cas de tuberculose pharmacorésistante pour le moment. »
Ali travaille avec le ministère de la Santé pour aider les patients du centre, soit environ 200 personnes par jour. Le centre suit également les femmes enceintes et propose un programme de vaccination, mené en étroite coopération avec l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
« Notre partenariat avec le PNUD, soutenu par le Fonds mondial, se concentre sur les activités de lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose, » explique Moussa Abdourahman Bock, assistant du HCR au Djibouti.
« Les réfugiés font partie du système de santé national. Ils ont les mêmes droits en matière de santé. » - Moussa Abdourahman Bock
Si le suivi via le centre de santé est essentiel pour s'assurer que les réfugiés puissent facilement accéder au traitement, la sensibilisation communautaire est tout aussi indispensable pour prévenir de nouveaux cas.
La tuberculose est une maladie transmissible par l'air qui reste particulièrement répandue parmi les plus pauvres. Les réfugiés sont particulièrement exposés au risque de développer la TB en raison du surpeuplement des camps, d'une mauvaise circulation de l'air et d'un faible accès à l'assainissement.
Pour que les réfugiés soient conscients des risques et puissent prendre des mesures de prévention, le PNUD et le HCR travaillent en étroite collaboration avec des agents de santé provenant eux-même de la communauté du camp, qui sont formés pour diffuser des messages sur un mode de vie sain et les mesures de prévention de la propagation des maladies.
« Je suis arrivé ici en 2011 en tant que réfugié et j'ai commencé à travailler comme agent de santé communautaire en 2014. C'est mon premier emploi, » explique Ahmed.
Originaire de Somalie, Ahmed est maintenant responsable de la section somalienne du camp.
« La première chose que j'ai réalisé, c'est que les gens n'en savent pas beaucoup sur la santé. Mais maintenant, les gens comprennent ... pourquoi il est important d'aller au centre de santé, comment prendre leurs médicaments. C'est ce que j'aime dans mon travail. »
Ahmed a aussi de grands espoirs pour l'avenir: « Quand j'étais en Somalie, j'étudiais l'anglais; Je ne travaillais pas encore. Je suis venu ici parce qu'il y avait une guerre civile, mais mon espoir pour le futur est de soutenir mon pays. »
« Ici, je ne suis qu'un réfugié, mais ... être réfugié doit s'arrêter un jour. Et j'espère qu'un jour je pourrai retourner dans mon pays et y avoir un avenir. »
Le Programme de développement durable à l'horizon 2030 a fixé des objectifs ambitieux pour mettre fin à l'épidémie de tuberculose et parvenir à une couverture sanitaire universelle. Le défi est considérable, en partie parce que la tuberculose laisse des millions de personnes à la traîne: 95% des nouveaux cas de tuberculose et 98% de tous les décès dus à la tuberculose se produisent dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
En octobre 2015, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé que la tuberculose avait dépassé le VIH en tant que principale cause de décès par maladie infectieuse. La tuberculose est également la principale cause de décès chez les personnes vivant avec le VIH.
C'est pourquoi le PNUD s'associe au Fonds mondial pour soutenir et renforcer les réponses nationales à la tuberculose dans 11 pays en fournissant des politiques, programmes et soutien au développement.
Travaillant en étroite collaboration avec les gouvernements nationaux et les organisations de la société civile, ce partenariat a permis à 850 000 personnes de recevoir un traitement contre la tuberculose et à 19 139 personnes de suivre un traitement contre la tuberculose multirésistante.
Mettre fin à la tuberculose d'ici à 2030 exige une approche conjointe qui renforce la capacité des systèmes de santé nationaux. Le PNUD, le HCR et le Fonds mondial travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement pour s'assurer que les populations des camps et les communautés d'accueil touchées par la tuberculose ont un accès égal au traitement, aux soins et au soutien dont ils ont besoin.
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