Bashiru Brima, 21 ans, n'est pas un tailleur comme les autres : il fabrique des sacs, des nattes et des chapeaux à partir de déchets plastiques. Il éduque également les habitants de son bidonville de Cockle Bay à recycler les déchets au lieu de les laisser s'accumuler.
“J'ai beaucoup appris. Si nous continuons comme ça, le pays sera propre. Et je pourrai en faire ma carrière”.
Les déchets plastiques constituent un problème majeur dans les bidonvilles qui bordent Freetown, la capitale de Sierra Leone. Des sachets servant comme récipients d'eau, des bouteilles vides et des jerrycans jonchent les rues et obstruent les égouts, provoquant des inondations catastrophiques.
La Sierra Leone figure parmi les pays les plus vulnérables face au changement climatique. Avec une pluviosité moyenne de 3 600 litres (l'équivalent d'environ 18 baignoires) par mètre carré et par an, les inondations affectent le pays de façon récurrente.
Ces dernières, avec les glissements de terrain dévastateurs qui ont tué des milliers de personnes à Freetown en août 2017, illustrent la façon dont l'accumulation de plastiques dans les systèmes de drainage, aggravée par un mauvais aménagement urbain, augmente le problème. Les inondations de l'année dernière ont provoqué le déplacement de 5 000 habitants des bidonvilles de Freetown et causé d'importantes pertes financières.
Les déchets plastiques posent également des problèmes de santé publique. Le drainage bloqué provoque la stagnation d’eau et la reproduction des moustiques dans une région où le paludisme est endémique. En période d'inondations, l'eau contaminée par la boue et les déchets se déverse dans des puits d'eau potable et risque d’entraîner des maladies.
Il n'y a pas de centre de transfert de déchets à Freetown, aucune infrastructure pour trier, composter ou recycler.
Selon Thorsten Kallnischkies, géologue et expert en gestion des déchets au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), se débarrasser de l’emballage d’un sac de riz coûte 2 000 leones.
"80% des déchets de Freetown pourraient être recyclés ou utilisés comme compost."
Kallnischkies, qui a travaillé sur près de 200 décharges à travers le monde, explique qu'évacuer les déchets des villes permet d'économiser de l'argent tout en luttant contre le chômage des jeunes.
Avec un budget de 400 000 dollars, le PNUD Sierra Leone a offert une formation sur le recyclage des déchets à 150 jeunes (120 femmes et 30 hommes) de 8 communautés de la périphérie de Freetown. Le but est de leur procurer une autonomie financière et de leur permettre de se loger en dehors des bidonvilles.
Le projet travaille avec des organisations locales de femmes, fournissant des fonds pour mobiliser les communautés, établir des comités de gestion des déchets et équiper les jeunes femmes et hommes d'outils de nettoyage et de stockage de matières premières. Avec le soutien du PNUD, les associations développent des stratégies avec des entreprises de production de plastique pour mettre en place une élimination sûre.
28 personnes ont reçu une formation pour tisser avec des déchets plastiques et en faire des sacs et autres. Ester Kamara explique qu'elle a hâte de lancer sa propre boutique:
"Nous étions laissés de côté. Maintenant, j'ai mes propres ressources."
"Nous allons continuer - sans nous arrêter. J’aurai ma propre boutique, pas seulement pour moi, pour ma communauté."
Kelfala Sopah, 27 ans, du bidonville d'Oloshoro, déclare:
"Ayant passé ma jeunesse sans emploi, maintenant je peux être fier."
"Nous faisons face aux défis environnementaux qui menacent nos communautés, et cela nous rapporte de l’argent - je vais continuer à tisser, je veux être entrepreneur."
"Ce projet [...] nous a aidés à réduire le volume de déchets dans les rues tout en améliorant notre situation personnelle. Ma perception du plastique a changé - ce n'est plus nécessairement du gaspillage, c'est utile."
"Nous sommes reconnaissants pour la plate-forme que le PNUD a créée. J'espère qu’un brillant avenir m’attend - nous voulons être autonomes et pouvoir payer nos factures."
Une vingtaine d'autres jeunes ont été formés à la production de carreaux de plastique. Environ 15 kg de déchets plastiques, fondus et mélangés avec 100 kg de sable, de sciure de bois et de copeaux d'arachide, peuvent produire 20 pièces de carrelage décoratives.
Fatu Komora produit des briquettes de bio-charbon à partir de déchets organiques et préside le comité de gestion des déchets de Culvert :
"J'ai réuni ce groupe et je ne veux pas que mes efforts soient vains. Je veux voir ma communauté propre."
Ces pratiques innovantes intègrent la gestion de l'environnement et le soutien aux moyens de subsistance. La phase pilote de ce projet dans les communautés vulnérables de Freetown ouvre la voie à un développement à travers le pays, et fournira des résultats essentiels sur lesquels le PNUD pourra se baser pour accélérer la reprise économique post-Ebola, développer la résilience et réduire les risques de catastrophe.
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