Les Mladenov vivent à Dimitrovgrad, dans le sud-est de la Serbie. Ils gagnent leur vie grâce à leur petite ferme laitière. Jusqu'à ce que la pandémie frappe, Emilija Mladenov vendait du lait et du fromage tous les matins sur le marché de leur ville, lui permettant de nourrir ses filles jumelles, Juliana et Jelena.
Mais les choses ont changé. D'abord, elle et son mari Aleksander ont dû arrêter de vendre au marché et ont commencé à faire du porte à porte ; ensuite, l'état d'urgence et les couvre-feux les ont empêchés de sortir, et même quand ils le pouvaient, la plupart des gens avaient cessé de commander à domicile car ils ne voulaient pas risquer d'être contaminés. Les restrictions COVID-19 ayant fait baisser les prix, la famille a été contrainte de commencer à vendre son lait dans une laiterie locale à un prix bien inférieur. « Nous espérons qu'une fois cette période terminée, le prix du lait augmentera de nouveau », dit Aleksander.
Les mesures de confinement ont affecté les opérations agricoles en Serbie, perturbant les chaînes d'approvisionnement alimentaire, y compris dans le secteur de l'hôtellerie et les marchés agricoles. Les agriculteurs et les commerçants se sont trouvés coincés : pour éviter le gaspillage alimentaire, les producteurs de légumes ont perdu ou donné 20 à 30 % de leur production en moyenne, tandis que de nombreux petits agriculteurs ont dû se débarrasser de la quasi-totalité de leur production.
De nombreuses familles de producteurs laitiers se retrouvent dans la même situation. Les clients habituels qui venaient chez eux acheter du lait et du fromage ont disparu et les établissements agrotouristiques locaux n'achètent plus. Toutes les familles d'agriculteurs ne disposent pas d'un marché où elles peuvent vendre, d'autant plus que les restrictions et le confinement ont limité leur capacité à se déplacer, ce pour quoi elles ont dû baisser considérablement le prix de leurs produits. Et au même moment, nourrir leurs animaux est devenu plus coûteux.
Milko et Dusanka Andjelkov ont cinq enfants âgés de 10 à 19 ans. Ils fabriquent et vendent 20 kilos de fromage par semaine. Ils n'ont pas de voiture, ce qui ne leur permet pas de vendre leurs produits sur les marchés de la ville.
Deux de leurs enfants, Marta et Sasa, vivent à Dimitrovgrad où elles vont au lycée. En général, le week-end, elles retournent au village pour aider à la ferme. Mais lorsque la pandémie a frappé la Serbie, elles ont dû rester en ville. Marta, une des meilleures de sa classe, a récemment demandé une bourse, mais sa demande a été rejetée au motif que son père possède une ferme enregistrée - bien qu'elle ne soit pas grande.
Il y a environ 113 000 exploitations agricoles non enregistrées dans toute la Serbie, lesquelles ont été particulièrement touchées par la crise. Ces fermes ne peuvent pas bénéficier d'une aide gouvernementale, ni accueillir de travailleurs pendant les restrictions de déplacement. De plus, leurs acheteurs ont souvent été obligés de suspendre leurs activités. Les travailleurs informels, indépendants et salariés, qui représentent souvent les industries rurales, sont également durement touchés. Même si elles sont enregistrées, les petites exploitations agricoles comme celle des Mladenov ou des Andjelkov ne sont pas assez lucratives pour que la municipalité et l'État leur accordent des subventions en vue de pallier leurs difficultés financières.
Quelques agriculteurs ont vu leur activité s'améliorer, mais ils restent une exception. Il y a quatre ans, la famille Petrov a lancé une entreprise d'élevage comptant sept vaches dans un village proche de leur maison à Dimitrovgrad. Aujourd'hui, ils en achètent une huitième, après avoir signé un accord avec une entreprise laitière locale pour écouler tout leur lait. Avant cet accord, ils vendaient du lait et du fromage en faisant du porte à porte dans la ville. Leur expérience est totalement différente de celle des Andjelkov. Non seulement la crise COVID-19 ne les a pas affectés, mais leurs ventes ont triplé. Le seul problème auquel ils ont dû faire face était le couvre-feu, puisque la police leur a interdit de sortir leurs vaches pour les abreuver et les faire paître.
Aleksandar Manić, un berger de Stara Planina à la frontière bulgare, est bien conscient des difficultés à gérer les animaux pendant le couvre-feu. Il a la charge d'un troupeau de 500 moutons avec deux autres bergers, parcourant plus de 20 kilomètres par jour. Il sort généralement les moutons pour les nourrir tous les jours. Mais la police des frontières patrouille, si bien qu’il n'est plus en mesure de le faire.
Aleksandar est titulaire d'un master en archéologie d'une université bulgare. Il a suivi une formation et travaillé comme conservateur au Musée national de Belgrade. Mais il n'a pas trouvé la paix dans la ville et il est retourné dans sa ville natale. « J'ai commencé à travailler comme berger parce qu'une fois que vous passez une journée avec les moutons dans les champs, vous ressentez un tel sentiment de paix que vous ne pouvez plus vous arrêter », dit-il.
De nombreux jeunes ont du mal à trouver des opportunités d'emploi en Serbie, en particulier dans les zones rurales. Environ 60 000 personnes partent chaque année, soit bien davantage que ceux qui reviennent.
L'OCDE estime que plus de 650 000 Serbes ont quitté le pays au cours des deux dernières décennies.
Aleksandar n’a pas quitté la campagne depuis le début de la pandémie. Il se sent plus en sécurité dans le village. Il n'a pas beaucoup de contacts avec les gens de la ville, passe des journées entières dans la nature et se fait lui-même à manger. Il est convaincu que « la COVID-19 ne peut pas arriver jusqu'ici ». Il ne se rendra en ville qu'une fois la pandémie passée. « Quand la COVID-19 aura disparu, je pourrai rendre visite à mes parents et à quelques amis », explique-t-il.
En Serbie, le PNUD s'est efforcé d'élaborer rapidement de nouvelles solutions et de fournir une assistance pour répondre aux besoins les plus pressants. Il s'agissait notamment d'approvisionner le système de santé, d'assurer un réseau sécurisé de volontaires pour soutenir les citoyens de plus de 65 ans – « Budi volonter » (Portez-vous volontaire), d’offrir à manger, un soutien psychosocial et d'autres biens nécessaires aux groupes vulnérables, d'organiser des données pour les plateformes d'information en ligne et d'étudier comment celles-ci peuvent être utilisées pour lutter contre la pandémie.
Le laboratoire accélérateur du PNUD en Serbie a créé de nouvelles séries de données pour identifier les tendances émergentes concernant la diaspora (qui sont ces émigrants et où vont-ils) et comment la mobiliser. Le PNUD a soutenu le projet « Returning Point », destiné à recenser le potentiel humain inexploité qui existe en dehors du pays et à développer une nouvelle plateforme unique où la diaspora serbe pourrait facilement trouver des informations sur les moyens possibles de (re)nouer contact et de (re)créer des liens avec leur pays.
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