« Je ne me voyais pas d’avenir », Salah*, 23 ans, sans emploi, parle de la maison de jeunes de Nouakchott, la capitale de Mauritanie, comme de sa deuxième chance.
Très religieux, Salah dit avoir été « tenté dans le passé par des idées terroristes et violentes à cause d’une frustration intense ». Toutefois, ayant entendu parler du centre par un ami, il commence à participer aux débats et aux sessions de formation : « Peu à peu, ma perspective a changé, je me suis rendu compte que les extrémistes déformaient l’Islam. J’ai aussi compris qu’il y a une place dans la société pour les jeunes comme moi. »
* Pseudonyme
La Mauritanie est tristement célèbre pour les attaques terroristes ayant secoué le pays pendant les années 2000, dont le coup d’éclat a été l’annulation du rallye Paris-Dakar en 2008.
Depuis, de gros efforts ont été consentis par le gouvernement mauritanien pour venir à bout de la menace terroriste et les résultats sont impressionnants : loin de la terreur des années 2000, la dernière tentative d’attentat date de 2011 et a été déjouée.
Cependant, même après presqu’une décennie sans incident, le danger de la radicalisation reste bien réel : à l’instar d’autres pays du Sahel, le taux de chômage chez lez 15 à 24 ans est élevé ( 18,57% en 2017 -Université de Sherbrooke, Canada). Cette jeunesse souvent marginale et désemparée est particulièrement vulnérable aux appels de l’extrémisme et de la violence.
« La dislocation familiale est la première cause du terrorisme » , explique une jeune femme à Nouakchott.
La pauvreté, le chômage et la faible participation des jeunes à la vie politique et civique sont d'autres raisons citées pour justifier l’attrait de l’extrémisme.
En 2015, le Ministère de la Jeunesse et des Sport, en partenariat avec le PNUD, a lancé une stratégie nationale pour la jeunesse et les sports (PDF) qui vise à promouvoir la participation de la jeunesse à la culture civique, la citoyenneté et lutte contre les causes de la radicalisation.
La stratégie s’attache ainsi à remédier aux causes premières de la vulnérabilité des jeunes en les éduquant et en leur donnant un avenir.
Le PNUD, à travers de nombreux projets financés en grande partie par le gouvernement japonais, travaille avec le Gouvernement mauritanien pour réaliser cet objectif.
Ainsi, le projet de Consolidation de la Paix, Sécurité et Justice" prévoit notamment d’établir un dialogue avec les jeunes marginaux, par l’entremise de centres de jeunesse comme celui de Nouakchott.
Le centre vise à créer un sentiment d’appartenance et en offrant un endroit où les jeunes peuvent se rencontrer pour parler de leurs problèmes et de leurs rêves, mais aussi pour y suivre des formations qui leur ouvriront des portes, comme des cours d’informatique.
« Mon rêve est de devenir médecin plus tard, bien que mes études actuelles ne m’y préparent pas. Je suis prête à redoubler d’efforts pour réaliser mon ambition », explique Mariem, étudiante en 3è année au lycée.
Saleck Dedé, étudiant en 6ème année, souhaite devenir professeur. « J’ai été frappé par l’ignorance dans les banlieues pauvres et le manque d’enseignants en milieu rural ; c’est pourquoi je veux être enseignant et aider notre société à avancer », dit-il.
Le centre forme aussi les jeunes à résister à l'appel de la rhétorique extrémiste lors de forums de discussion, et les encourage à engager un dialogue avec d'autres membres de leur communauté.
« Je n’ai plus peur de parler en public, je veux lutter contre l’extrémisme, je viens ici pour ça, » explique Diallo Cheikh, 18 ans.
« J’aime cet endroit parce que j’y vois mes amis, on y joue au foot, c’est vraiment un environnement accueillant. J’y ai rencontré beaucoup de gens intéressants, des gens qui changeront notre pays ! »
Parmi les autres actifs du programme, un plan d’action national a été mis au point pour lutter contre la radicalisation de la jeunesse sur la base d’une enquête menée auprès de jeunes réformés.
Par ailleurs, un réseau de jeunes mentors a été créé sur la citoyenneté et le rôle de la jeunesse pour promouvoir le dialogue social et économique.
Les jeunes comme Salek, Mariem ou Diallo veulent l’opportunité de devenir une force positive pour leur pays. Les centres de jeunesse, comme celui de Nouakchott, leur offrent la possibilité de façonner leur avenir et de faire partie de la solution plutôt que du problème.
Photos PNUD / Freya Morales
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