Pour Sinoya Kenayala, un agriculteur de 30 ans du Malawi, la terre c’est tout. Elle est la vie, un patrimoine et bien plus encore. Son exploitation de 1,2 hectare, située à Kalonga, une banlieue de la capitale Lilongwe, est son meilleur moyen d'assurer la subsistance et une vie stable à ses quatre enfants. Or, comme pour bien d'autres agriculteurs et communautés tributaires de la terre, la menace d'une dégradation persistante et rapide des sols est toujours présente.
Le rapport Global Land Outlook 2, récemment publié par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), indique qu'entre 20 et 40 % de la superficie totale des terres de la planète ont subi une forme de dégradation. Ce phénomène touche près de la moitié de la population mondiale et s'étend aux terres de culture aux zones arides, en passant par les zones humides, les forêts et les prairies. Pourtant, ce fardeau pèse de manière disproportionnée sur les petits exploitants agricoles comme Sinoya, les communautés rurales, les femmes, les jeunes, les populations autochtones et les groupes à risque.
La dégradation des terres au Malawi est le résultat de demandes constantes d’installation, de pratiques agricoles non durables et d'une déforestation rapide, exacerbée par les chocs climatiques. Lilongwe, la capitale, est désormais sujette à des périodes de sécheresse prolongées. La diminution des précipitations fait baisser les rendements agricoles et la productivité des terres, obligeant les jeunes à quitter leur village pour chercher du travail en ville.
Cette situation a de vastes conséquences économiques, sociales et environnementales, pour un coût annuel estimé à environ 320 millions de dollars, soit près de 7 % du PIB du pays.
Les effets économiques de la pandémie de COVID-19 ont été plus durs pour les exploitants vulnérables qui dépendent entièrement de l'agriculture pluviale pour un revenu régulier. Dans le cas de Sinoya, la flambée des prix des denrées alimentaires et autres produits de nécessité, à laquelle s’ajoute le manque d'opportunités commerciales, s'est fait lourdement sentir.
La restauration des terres dégradées pourrait être la clé pour reconstruire en mieux après la crise de COVID-19. Mettre l’accent sur la restauration des terres et les pratiques de gestion durable des terres, améliorer la santé des sols et des cultures, relier les zones naturelles, sont autant de mesures susceptibles de générer des emplois verts, d’assurer des moyens de subsistance durables, de garantir la sécurité alimentaire et de réduire les risques de futures pandémies.
Les terres restaurées peuvent jouer le rôle extrêmement utile de puits de carbone dans la lutte contre le changement climatique. Des études montrent que les forêts du Malawi peuvent contribuer à éliminer jusqu'à 16 % des émissions totales de carbone.
En reconnaissance de cette urgente nécessité, et conformément à la cible ODD 15.3, le gouvernement du Malawi s'est engagé à atteindre la neutralité en matière de dégradation des terres d'ici 2030, en réhabilitant un million d'hectares de terres dégradées pour la production agricole et en restaurant 820 000 hectares de forêts indigènes.
Le PNUD, par le biais de son projet Réseau sur la biodiversité et les services écosystémiques (BES-Net) et son bureau de pays au Malawi, s’emploie à encourager de jeunes entrepreneurs comme Sinoya à s’engager dans des activités de restauration des terres dans les trois districts de Lilongwe, Dedza et Salima. BES-Net, soutenu par le gouvernement allemand et SwedBio, rassemble des scientifiques, des décideurs et des praticiens, y compris des communautés locales, afin de mettre en œuvre des solutions concrètes en matière de biodiversité, en tirant parti des connaissances actuelles et des données fournies par la CNULCD, l’IPBES, et d'autres sources.
Le PNUD a alloué des fonds de démarrage au Malawi Green Corps, une initiative phare du ministère des Forêts et des Ressources naturelles visant à former plus de 2 000 jeunes aux pratiques de restauration des terres, en mettant l'accent sur les moyens de subsistance durables.
Les comités villageois de gestion des ressources naturelles choisissent de jeunes entrepreneurs par l’entremise des associations de jeunes locales. Ces associations de jeunes incitent les communautés à échanger des idées et les rallient autour des questions d'environnement, de boisement, de santé.
45 % de ces entrepreneurs sont des femmes.
Sinoya a créé son entreprise agricole en 2020, avec le soutien du Département des forêts, et a été sélectionné en 2021 pour faire partie des entrepreneurs devant suivre la formation dispensée par le Malawi Green Corps.
En vendant des plants d'arbres tels que l'acacia, l'acajou, le mkukhu et l'albizia versicolor, entre autres, Sinoya gagnait en général environ 3 dollars par mois. Mais maintenant qu'il vend ses produits à des écoles, des organisations non gouvernementales et des fonctionnaires, il gagne environ 490 dollars.
« Ce travail m'a permis d'acquérir de nouvelles compétences sur la façon de mieux gérer et entretenir les jeunes plants. J'ai appris à constituer des pépinières de manière plus efficace et à faire fonctionner mon entreprise. »
Les membres du Malawi Green Corps ont reçu une formation de haute qualité sur la plantation et l’entretien des arbres, l’entretien des plants, la conservation des espèces végétales indigènes et d'autres aspects de la marche des affaires comme l'entreprenariat et la culture financière. Ces compétences aident les jeunes à accéder à des emplois verts et à développer des entreprises vertes axées sur la restauration des terres et l'adaptation au climat.
Le Malawi est l'un des pays ayant participé au Trialogue régional pour l'Afrique anglophone du BES-Net, qui a réuni des parties prenantes issues des milieux scientifiques, politiques et pratiques pour partager des connaissances, rechercher des solutions et prendre des engagements en lien avec les thèmes de la conservation des pollinisateurs, de la gestion des terres et de la sécurité alimentaire.
Yuko Kurauchi, spécialiste des politiques au Centre mondial des politiques du PNUD sur la résilience des écosystèmes et la lutte contre la désertification, mesure la valeur que les jeunes apportent au débat mondial sur la dégradation et la restauration des terres.
« La crise de la dégradation des terres se voit souvent accorder un rang de priorité moindre par rapport aux autres crises actuelles qui affectent le monde, même si elle a des interactions très complexes avec la perte de biodiversité et le changement climatique, mais aussi des implications directes sur notre sécurité alimentaire, nos moyens de subsistance, notre santé, notre bien-être et plus encore. »
La mobilisation des jeunes et l'investissement dans des entreprises vertes gérées par des jeunes en faveur d’une action soutenue de restauration des terres, sont essentiels pour rendre les communautés résilientes. Les efforts du Malawi peuvent servir de modèle pour d'autres pays de la région et du monde, mais aussi aider à établir une vision globale collective pour notre avenir.
Pour Sinoya, c'est le début de quelque chose de plus grand. Les ventes de jeunes plants lui rapportent un revenu régulier qu'il a utilisé pour améliorer sa maison et sa ferme et investir dans l’élevage, en achetant des porcelets qui lui permettront d'obtenir des revenus complémentaires.
Il cultive également des haricots, du maïs et des arachides. Fort de ce qu'il apprend et de l’appui du Malawi Green Corps, il aspire à créer de nouvelles pépinières et à investir dans des sources de revenus parallèles comme l'apiculture durable et l’élevage de chèvres.
« Grâce à ma participation comme bénévole à l’initiative, j'ai acquis de nouvelles compétences pour mieux gérer les plants et constituer des pépinières, ce qui m'a permis de renforcer mes compétences en affaires. Les taux de survie des arbres vont certainement s'améliorer grâce à ce nouveau savoir-faire. Nous avons toujours planté des arbres, mais je vois maintenant de meilleures façons de le faire que nous ignorions avant. »
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