Parmi les écosystèmes de la planète, il existe un groupe d’animaux connus pour leur adaptabilité et leur résistance exceptionnelle.
Ces mammifères prospèrent dans certains des environnements les plus difficiles, qu’il s’agisse de déserts arides ou de hauts plateaux accidentés. Certains ont plusieurs bosses, d’autres ont des pattes et un cou sveltes et élégants, tandis que d’autres encore sont appréciés pour leur fourrure douce et molletonnée.
Apparus sur le continent américain il y a 45 millions d’années, ils sont devenus indispensables dans plus de 90 pays à travers le monde.
Des chameaux sauvages et de Bactriane aux dromadaires des États arabes, d’Asie et d’Afrique, en passant par les lamas, les alpagas, les vigognes et les guanacos d’Amérique latine, les camélidés ont la capacité d’exploiter les ressources naturelles dans des environnements hostiles et rudes.
Prospérant dans des climats impitoyables où d’autres animaux d’élevage ont du mal à survivre, ils sont depuis des siècles d’une importance vitale pour les nomades et les communautés pastorales.
Ils offrent également de nombreux avantages face aux difficultés créées par le changement climatique. Leurs modes d’élevage ont moins d’impact sur l’environnement que d’autres types de bétail et leur adaptabilité peut contribuer à promouvoir une utilisation durable des écosystèmes terrestres.
Néanmoins, les effets de la crise climatique n’épargnent personne, pas même certaines des créatures les plus résistantes de la planète : l’évolution constante des conditions climatiques, la pénurie d’eau et la hausse des températures constituent des défis majeurs pour la survie des camélidés.
La Somalie est confrontée à la plus grave sécheresse qu’elle ait connue depuis 40 ans. Environ 60 à 70 % de sa population est constituée de bergers qui élèvent du bétail, notamment des chameaux, et l’impact sur ceux-ci est particulièrement important.
Afin d’assurer une résilience à long terme aux catastrophes climatiques et de protéger ces mammifères remarquables, le PNUD, à l’aide d’un financement du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), a collaboré avec des institutions gouvernementales dans tout le pays pour construire des infrastructures d’approvisionnement en eau.
L’un des barrages de 24 000 mètres cubes construits dans un village du territoire du Puntland a été une bouée de sauvetage pour les communautés, en permettant aux chameaux et autres animaux de survivre et en préservant le mode de vie traditionnel des éleveurs. L’accès à l’eau a été amélioré pour environ 5 000 familles, comme celle de Mohamed :
« Notre bétail s’est complètement remis de la sécheresse et nous pouvons rembourser les lourdes dettes que nous avions accumulées lorsqu’un baril de 200 litres d’eau coûtait plus de 5 dollars américains. »
Hamdan est un jeune éleveur de la région rurale de Deir ez-Zor, en Syrie. Comme beaucoup d’autres dans la région, il était également confronté à des pénuries d’eau et a été contraint de vendre certains de ses chameaux pour survivre.
En partenariat avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le PNUD a remis en état une station de pompage dans la ville, assurant ainsi l’approvisionnement en eau d’une région asséchée depuis plus d’une décennie.
Cette initiative a grandement amélioré la vie de 10 000 personnes et encouragé de nombreux agriculteurs et éleveurs à retourner dans leurs villages, où ils ont repris l’agriculture et intensifié les efforts de reproduction pour protéger les chameaux de l’extinction dans la région.
Les écosystèmes sont interconnectés. La restauration des systèmes d’approvisionnement en eau permet non seulement aux communautés de disposer d’une source fiable d’eau potable et de prospérer dans les zones rurales, mais aussi de reconnaître, de protéger et de renforcer la résilience des camélidés face à l’adversité.
Les camélidés sont aussi une source de viande, de lait, de fibres et d’engrais. Ils servent également de bêtes de somme. Djibouti a utilisé les « navires du désert » pour apporter des livres dans les régions septentrionales du pays grâce à des bibliothèques itinérantes à dos de chameau.
Reconnaître la contribution inestimable de ces héros nécessite à la fois de défendre les biens et les services qu'ils fournissent et de promouvoir des pratiques de gestion durable pour assurer leur existence à long terme. Cela est également essentiel pour favoriser le développement économique, créer des emplois durables et promouvoir l'égalité sociale.
Dans la steppe péruvienne, le travail est déjà en cours. Nuñoa, un petit district isolé, abrite l’alpaga Suri, réputé pour sa fibre somptueuse et très prisée. Cependant, la complexité du processus de tissage et l’apparition d’alternatives bon marché ont entraîné une certaine désaffection pour la laine de Suri, ce qui constitue une menace importante pour cette espèce particulière d’alpaga.
Avec le soutien du programme de microfinancements du FEM, le PNUD a lancé un projet qui a permis d’introduire de nouveaux mâles dans la région et d’améliorer les variations de couleur et l’état de santé général du Suri. Une autre partie du projet s’est concentrée sur l’amélioration des compétences et des capacités en matière d’élevage d’alpagas, tout en promouvant une gestion durable des terres.
Ces efforts ont permis une production de laine plus efficace et durable, incitant plusieurs éleveuses, connues sous le nom d’« alpaqueras », à se réunir en coopératives afin de redynamiser les produits artisanaux fabriqués à partir de la laine de Suri. Ce projet a également permis une meilleure gestion de l’eau, des sols et des pâturages.
La Mongolie suit la même voie. Les entreprises améliorent les méthodes de traitement de la laine de camélidés afin de favoriser des pratiques plus durables et d’améliorer la vie des éleveurs, d’augmenter les exportations et de minimiser la dégradation des pâturages. L’Argentine, quant à elle, a mené un projet axé sur la préservation et l’utilisation responsable des ressources génétiques issues de la population de guanacos afin d’assurer sa survie.
D’un point de vue social et culturel, les camélidés sont extrêmement importants. Ces animaux sont les compagnons inséparables de certaines communautés depuis des millénaires et jouent un rôle central dans le folklore traditionnel, l’art, les festivités et les rituels de nombreuses cultures, en particulier chez les peuples autochtones et les populations locales.
« Je serais triste de ne pas avoir d’alpagas à mes côtés ; j’ai toujours besoin d’être avec eux, comme s’ils étaient des membres de ma famille. Sans les alpagas, ma vie serait impossible », déclare Cirlo, un éleveur d’alpagas du Pérou.
Le lien entre les populations et les camélidés s’exprime également dans les œuvres d’art contemporaines, comme celles d’Aisulu, une artiste du Kazakhstan. Elle sculpte et tisse des chameaux en bois et en tissu, illustrant ainsi l’essence des caravanes avec lesquelles ses ancêtres commerçants voyageaient autrefois le long de la Grande Route de la Soie.
L’Algérie a également proposé la kachabia et le burnous, deux textiles emblématiques fabriqués à partir de fibres de dromadaire et de chameau, en vue de leur inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.
Pour garantir la préservation de ce patrimoine culturel, il est nécessaire de renforcer les politiques favorisant la recherche et la promotion de la valeur des camélidés, ainsi que les investissements dans la nature et la biodiversité. Les efforts doivent également se concentrer sur la protection des connaissances traditionnelles des peuples autochtones et des communautés locales.
La résilience des camélidés est une puissante source d’inspiration pour la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD). Grâce à leur remarquable capacité à surmonter les obstacles, ces héros ont beaucoup à nous apprendre au regard de nos efforts pour relever les défis mondiaux et créer un avenir plus durable.
L’ONU a déclaré l’année 2024 Année internationale des camélidés afin de mieux faire connaître leurs contributions essentielles à l’agriculture, à la culture et à la conservation de la biodiversité. Célébrez cette année avec nous en diffusant cette histoire avec les hashtags #AnnéeDesCamélidés et #IYC2024.
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