Quand Valeriya Ionan peut enfin avoir ce qu'elle appelle une journée de « silence », elle peut avancer plus vite dans son travail.
La vice-ministre ukrainienne chargée de la transformation numérique, qui est aussi l’une des femmes les plus haut placées dans le gouvernement ukrainien, entend par « silence » l’absence du bruit des sirènes de raids aériens.
« Ces alertes peuvent totalement bouleverser votre emploi du temps en quelques minutes », dit-elle, racontant comment le lancement récent d’un projet sur l’émancipation des femmes et l’autonomisation économique a dû changer de lieu, mais pas annulé, à cause de la menace de raids aériens.
« Nous avons dû changer nos plans et procéder au lancement du projet depuis l’abri. C’est difficile à prévoir, mais telle est notre réalité. Dans un monde très troublé, on s'adapte. »
Malgré la guerre qui continue, l’Ukraine va de l’avant. Le pays est en train de repenser complètement la manière de mener les activités ainsi que la façon dont les Ukrainiens interagissent, non seulement les uns avec les autres, mais aussi avec les pouvoirs publics.
«Nous sommes en train de construire un État offrant les services digitaux les plus pratiques au monde, sans corruption ni bureaucratie, débarrassé du papier et ouvert à tous et toutes », déclare Mme Ionan.
Diia, qui signifie « action » en ukrainien, est le nom donné au portail et à l’application mobile pour accéder aux services publics en ligne.
Le but est de mettre tous les services publics en ligne, d’offrir un accès à Internet partout dans le pays, de combler la fracture numérique entre les genres et entre les générations et de faire de l’Ukraine le pays le plus accueillant au monde pour les sociétés informatiques.
Qu’il s’agisse de se marier ou de faire immatriculer son entreprise, le projet ambitieux et avant-gardiste porté par Diia s'est avéré plus important encore depuis la guerre, permettant aux Ukrainiens d'accéder aux services publics tout en restant en sécurité dans leurs abris antiaériens.
Ancienne cheffe d’entreprise, Mme Ionan a rejoint le ministère dès sa création en 2019. La guerre, qui a commencé deux mois après la naissance de son premier enfant, n’a pas entamé ses ambitions.
L’égalité numérique est essentielle pour remédier aux inégalités entre les femmes et les hommes. Le thème choisi cette année pour la Journée internationale des droits des femmes est « Pour un monde digital inclusif : innovation et technologies pour l’égalité des genres », un thème en phase avec celui de la 67e session de la Commission de la condition de la femme (CSW67).
En collaboration avec le gouvernement ukrainien, le PNUD œuvre pour un accès universel à la culture numérique en Ukraine depuis 2019.
Avec la Suède comme partenaire et bailleur, le PNUD forme des femmes fonctionnaires à exercer des fonctions de direction dans le secteur du numérique. Il a également soutenu de jeunes diplômées de filières liées aux sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) à obtenir un stage au sein du ministère.
Une grande partie du programme vise à garantir à tous les Ukrainiens la possibilité d’améliorer leurs compétences dans le numérique. La composante dédiée à l'éducation dans l’écosystème Diia avec le projet Diia.Digital Education aide les gens à bien identifier leurs lacunes et à se reformer pour pouvoir exercer de nouveaux métiers. Un réseau de centres d’éducation au numérique a été mis en place pour les personnes qui n’ont pas de smartphone ou d’ordinateur.
D’après Mme Ionan, l’Ukraine comptait, avant la guerre, plus de 6000 centres installés dans des bibliothèques, des écoles et des universités du pays.
Les centres d’affaires Diia, la partie hors ligne du projet Diia.Business, sont devenus des espaces essentiels où les entrepreneurs ukrainiens, dont beaucoup ont dû quitter leur domicile et déménager dans d’autres régions du pays, peuvent établir des contacts et obtenir de l’aide.
« Les centres d’affaires Diia.Business sont devenus de véritables lieux d’assistance qui ont déjà accompagné et continuent d’accompagner les entreprises délocalisées à s’adapter à une nouvelle région et à repartir de zéro », explique-t-elle.
L’objectif de Mme Ionan est de « faire en sorte que tout le monde tombe amoureux du numérique ». Avec environ 19 millions d’Ukrainiens qui utilisent Diia et les services qui y sont associés, elle est fière du succès retentissant qu’a rencontré l’application.
« Nous voulons qu'en quelques clics les citoyens puissent accéder aux services publics. Personne ne devrait avoir à faire la queue debout quelque part pour obtenir un simple papier. C’est absurde. »
Les Ukrainiens nous montrent également l’importance de disposer d’une infrastructure numérique solide pour réagir face à une crise. Le ministère de la Transformation numérique a été un exemple d’adaptabilité dès le début de l’invasion. Avec le soutien du PNUD et de la Suède comme partenaire donateur, le portail Diia a su s’adapter rapidement pour créer de nouveaux services destinés aux Ukrainiens déplacés à l’intérieur du pays, afin qu'ils puissent déclarer leur statut en tant que déplacé interne, ou l'annuler plus tard, et percevoir une aide financière.
« Il ne nous a fallu seulement deux ou trois jours pour imaginer une solution rapide et trouver des endroits sûrs pour continuer à travailler. Lorsque vous travaillez pour l’État, pour le ministère, vous avez une grande responsabilité », déclare-t-elle.
Revenant sur l’année écoulée, Mme Ionan affirme : « Nous sommes devenus plus résilients, plus productifs et nous nous sommes concentrés sur les résultats. Nous avons gagné en efficacité, comme jamais auparavant. Nous sommes probablement la meilleure version de nous-mêmes. »
Le portail Diia est désormais prêt à ouvrir à l’international et Mme Ionan a hâte de pouvoir partager les compétences et les ressources de l’Ukraine avec le reste du monde. Elle imagine l’Ukraine devenir un pôle informatique de premier plan en Europe et voit là l'une des manières de partager avec les autres ce que son pays a reçu.
« Nous sommes très reconnaissants du soutien que l’Ukraine reçoit de la part de ses partenaires et des autres pays, mais nous pouvons également partager de grandes choses avec le monde entier. Nous nous considérons comme une partie d'un grand écosystème et nous pouvons aussi faire beaucoup pour aider les autres », conclut-elle.
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