Vêtue d'une robe jaune et de bottes en caoutchouc et arborant des cheveux longs jusqu’à la taille, Maricela Fernández Fernández, 47 ans, est la responsable cantonale de Cabécar. « Cela fait partie d’un processus et d'une lutte menés au niveau local, car le rôle des femmes et leur participation ont toujours fait partie de notre vision du monde. Savez-vous ce qui me motive ? » demande-t-elle, ce à quoi elle répond avec un regard animé. « C’est le fait de voir tant de jeunes femmes qui travaillent et sont autonomisées. »
On est vendredi et il est midi à Progreso, une petite ville située à l'est du vaste territoire autochtone de Talamanca Cabécar. Dans l'enceinte de l'association de femmes de Kábata, les dernières arrivées terminent les inventaires sur des tables improvisées en bambou où sont posés des sacs de riz et de café, des piles de manioc jaune, des piments multicolores, du gingembre moulu, des pommes de terre, des oranges, du cacao, de la viande fumée, des bananes plantains et bien plus. Il y a aussi des paniers tissés, des boucles d'oreille, de la farine de banane et des plantes de fruits de la passion. De l'autre côté des tentes, les cuisiniers continuent de préparer les déjeuners, enveloppés de fumée du poulet et d’arômes de curcuma.
Maricela vient de participer à une réunion et en tant que présidente de Kábata Könana, elle va probablement enchaîner les réunions pendant toute la journée. Ses cohortes l'attendent depuis un bon moment, mais étant donné que chacune sait ce qu'elle doit faire et comment le faire, elles savent que sa présence n'est pas indispensable pour que la journée suive son cours comme prévu. Elles sont ensemble depuis 2016, année de création de l'association, et elles ont affronté la culture machiste misogyne, la pollution environnementale, la déforestation, la perte de leur langue, de leurs connaissances ancestrales et même la faim, autant de problèmes profondément ancrés dans leurs territoires de différentes façons. Des gouttes de sueur apparaissent sur le front de Maricela à chaque fois qu'elle s’arrête de marcher.