Pour Amir Muhammad Ahmadi, âgé de 42 ans, chaque jour devenait de plus en plus difficile du fait du récent changement de régime en Afghanistan.
Ouvrier dans la ville ancienne d’Hérat, il a constaté une baisse de la demande de ses prestations.
Marié et père de trois enfants, tous âgés de moins de 10 ans, il confie qu’il n’avait plus d’épargne et que sa vie avait atteint le point de rupture.
« Je n’avais rien pour faire à manger à la maison. Pas de bois pour chauffer ma maison. Pas d’argent pour payer le loyer », confesse-t-il en s’efforçant de refréner ses émotions. Les mots peinant à sortir, il éclate en sanglots.
Mais aujourd’hui, c’est sur son lieu de travail qu’il raconte son histoire alors que ses collègues continuent de draguer et de nettoyer un canal qui traverse les quartiers engorgés de la ville d’Herat.
Qais Ahmad Rasooli, un ingénieur local chargé de superviser les travaux, affirme qu’Ahmadi fait partie des chanceux. « Il compte parmi les milliers d’Afghans les plus démunis qui ont désespérément besoin de ce travail. Comme j’aimerais que nous puissions créer davantage d’emplois de ce type ! », déclare-t-il.
Pour Ahmadi, il ne s’agit pas seulement d’un emploi qui lui permet de répondre aux besoins les plus élémentaires de sa famille. « Je veux travailler dans mon pays, le bâtir, et c’est ce qui fait ma fierté. Je viens aussi en aide à ma communauté », indique-t-il.
Il était difficile de trouver du travail après le changement de régime en Afghanistan. Pendant plusieurs semaines, Ahmadi se rendait au célèbre souk de Majdur presque tous les jours à la recherche d’un travail manuel, mais il rentrait bredouille.
Depuis des siècles, le souk de Majdur est un point de rencontre entre demandeurs d’emploi et entrepreneurs de la ville, mais il est désert depuis le changement de gouvernement et la crise de liquidités financières actuelle.
Selon les projections d’une récente étude du PNUD, environ 97 % des Afghans basculeront en dessous du seuil de pauvreté en 2022.
« Il n’y a pas de travail au marché », déplore Ahmadi. « J’étais pitoyable. Perturbé mentalement, j’avais atteint le point de rupture. Et un jour, j’ai entendu dire qu’il y avait du travail pour ceux qui étaient dans le besoin. Pour moi c’était une aubaine ».
Dans le cadre d’un programme en cours de réponse à la crise, ce projet procure des emplois d’urgence à des centaines d’Afghans comme Ahmadi auxquels il est fait appel pour nettoyer les canaux et les routes à Herat et Mazâr-e-Charîf, deux des villes les plus densément peuplées d’Afghanistan.
À ce jour, plus de 70 000 personnes ont bénéficié d’emplois, qui assurent un salaire égal aux hommes et aux femmes, et environ l’équivalent de 300 000 dollars en espèces a été injecté dans ces communautés en monnaie afghane. Ces programmes ont non seulement fourni des emplois temporaires à des familles vulnérables, mais aussi permis de remettre en état des infrastructures communautaires essentielles.
Dans la seule ville d’Herat, plus de 3 200 personnes s’occupent à nettoyer le canal d’Injil, vieux de 600 ans, qui, une fois remis en état, devrait irriguer les vergers et les terres agricoles de plus de 15 000 agriculteurs.
« Voilà 60 ans que le canal n’a pas été nettoyé. Les agriculteurs en ont fait la demande à maintes reprises, mais c’était une entreprise titanesque pour quiconque », explique Nurahmad Azadani, 42 ans, agriculteur et directeur de l’Association pour le canal d’Injil. « En nettoyant ce canal, nous espérons voir le nombre d’agriculteurs doubler dans ce village. Si nous parvenons à assurer l’irrigation régulière, nous pouvons réaliser trois à quatre récoltes par an ».
Les Afghans subissent également l’une des pires sécheresses de l’histoire, à laquelle vient s’ajouter la crise financière et politique. Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la sécheresse fait peser une menace sur les moyens de subsistance de plus de sept millions de personnes.
À Mazâr-e-Charîf, plus de 3 000 personnes issues de certaines des communautés les plus vulnérables de la région ont obtenu un emploi temporaire. Chaque travailleur bénéficie d’au moins neuf jours de travail pour un salaire de 45 dollars, ce qui répond aux besoins essentiels d’une famille pendant plus d’un mois.
Najiba (nom d’emprunt), une veuve de 41 ans vivant à Mazâr avec sept enfants et dont le mari a succombé à un cancer, a déclaré avant d’être employée dans le programme qu’elle restait à la maison à s’occuper de ses enfants et dormait le ventre vide. « Je suis une femme au foyer ; personne n’a volé à mon secours. Mais maintenant, je travaille. Je suis fière de ne pas mendier. Et nous avons de la nourriture à manger grâce à mon dur labeur ».
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