La forêt sèche de Montes de María, une petite chaîne de montagnes près de la côte nord de la Colombie, ne couvre aujourd’hui plus que 8% de son périmètre d’origine, ce qui en fait l'un des écosystèmes les plus menacés du pays.
A l’opposé des forêts humides, les arbres des forêts sèches perdent leurs feuilles en été, pour mieux résister à la sécheresse. La végétation s'épanouit alors en une explosion de couleurs, en attendant la pluie.
Des ânes chargés d'ignames, de yucca et de maïs voyagent sur les routes sinueuses qui connectent les habitants des régions environnantes.
Les quartiers de Carmen de Bolívar, San Jacinto et San Juan Nepomuceno sont des lieux qui vivent à travers les chansons sur lesquelles les Colombiens dansent chaque année à Noël, et où l’art de tisser les hamacs rend leurs artisans célèbres.
Bien que ce soit l'une des plus belles régions de Colombie, personne ne voulait y vivre jusqu'à récemment. Une guerre civile de plus de 50 ans a dévasté la région, et les massacres ont déplacé des milliers de personnes, laissant des familles déchirées et en deuil.
Grâce à la signature d'un accord de paix historique en 2016, de nombreuses régions du pays retrouvent paix et prospérité. A Montes de María, une économie naissante se développe, basée sur la préservation de la forêt et l'utilisation durable de la biodiversité.
Dans les années 90, Carmen avait dû fuir sa petite ferme du village de Brasilar pour échapper au conflit. Aujourd'hui, elle dirige une organisation de 20 familles revenues sur leurs terres, qui travaillent dur pour se relever de la crise.
Tous parient sur la technologie et l'innovation pour protéger la forêt sèche. Ils produisent de l'igname de manière durable dans une ferme communautaire, et rêvent de devenir des modèle pour d'autres agriculteurs de la région.
Des années durant, relier les marchés de Montes de María et les villes voisines était presque impossible. Avec le conflit, les routes n'étaient pas sûres et les résidents craignaient de voyager. De nombreux produits issus de l'agrobiodiversité ont ainsi disparu des vergers, des mémoires et des plats traditionnels.
Leyla Vega, membre de l’association Asoagro de San Juan Nepomuceno, a décidé qu'il était temps de se souvenir des traditions culinaires perdues. Avec les autres membres de l’association, elles a récolté des graines de 16 variétés de haricots, des ignames, du maïs coloré et des légumes provenant des forêts sèches.
Grâce à elles, en peu de temps, les marchés et les tables étaient à nouveau remplis de couleurs.
Eduardo Rodríguez, quant à lui, vend ses produits dans des villes plus petites, malgré des prix bas qui ne sont pas à la hauteur des efforts qu’il fait pour préserver la forêt.
Il est membre d'Asobrasilar, une organisation qui regroupe 20 producteurs de la forêt sèche de San Jacinto.
Asobrasilar a récemment accueilli cinq chefs renommés de Carthagène, ville du patrimoine mondial et épicentre du tourisme culinaire. Certains d'entre eux voyaient ces montagnes pour la toute première fois, et découvraient l'origine des ingrédients utilisés dans leurs plats ainsi que les personnes qui les cultivent.
Tous ont échangé des recettes traditionnelles et jeté les bases d'une relation équitable avec les communautés de Montes de María pour commercialiser les produits de la forêt sèche.
Pain d'igname violet farci de confit de lapin sauvage et émulsion de fines herbes, riz au jambon de canard confit, mousse d'avocat et lait de coco… les saveurs et couleurs qui représentent la vie de la forêt sèche sont désormais servies dans les restaurants de Carthagène.
Carmen, Leyla, Eduardo et tous les cultivateurs de ces produits de la paix, ont ainsi aidé à redonner vie aux cultures traditionnelles perdues pendant la guerre, tout en conservant les forêts sèches de Montes de María et en améliorant les moyens de subsistance de leurs communautés.
‘Producto de la Paz’ est une initiative du PNUD qui connecte des petits producteurs vivant dans des écosystèmes stratégiques aux entrepreneurs valorisant la biodiversité et l’héritage culturel des communautés affectées par le conflit.
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