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Le champ ! Théâtre de tragédies dont sont victimes de nombreuses femmes en RD Congo, plus particulièrement à l’Est. Sur près d’une dizaine de victimes interrogées, toutes ou presque étaient au champ quand elles ont été agressées. Ces témoignages ont été recueillis à Béni dans le cadre du suivi du programme « Tupinge Ubakaji », qui lutte contre l’impunité des agresseurs et appuie les victimes en prenant en charge leur suivi médical et psycho-social, juridique et judiciaire, et leur réintégration socio-économique.
Sophie* a 20 ans, mariée. Elle s’était rendue au champ pour y chercher de la nourriture. « Mes bourreaux m’ont surpris, m’ont bandé les yeux et 4 personnes m’ont violée tour à tour » raconte-t-elle. Ce n’est qu’une semaine après qu’elle se rend à l’hôpital Mabakanga avec son mari. Le docteur leur recommande d’aller à Béni pour une meilleure prise en charge. Sur place, les examens révèlent un début de grossesse. Sophie étant rejetée par sa belle-famille et l’avortement interdit en RDC, l’hôpital entreprend une médiation pour réconcilier la famille et faire accepter l’enfant. Actuellement, Sophie vit toujours avec son mari, contrairement à beaucoup d’autres femmes dans sa situation qui ont été chassées par leurs familles…. Une lueur d’espoir dans un tableau bien souvent sombre pour les femmes victimes de viol.
La vie de Nathalie bascule en février 2016. Envoyée au champ, c’est sur la route, qu‘elle croise des individus qu’elle nomme « des bandits ». À la suite de leur forfait, Nathalie sera laissée pour morte, et ne doit son salut qu’à « un papa qui passait avec son vélo » dit-elle. Elle n’ira pas toute de suite à l’hôpital, n’ayant aucune idée des possibilités d’aide qui pouvaient lui être offertes. Une “maman” l’oriente vers une clinique juridique afin qu’elle puisse bénéficier d’un suivi et de conseils en tant que victime de violences sexuelles. Nathalie n’a pas été en mesure d’identifier son bourreau, mais une plainte a été déposée. Aujourd’hui enceinte de l’un de ses agresseurs, elle ne baisse pas les bras. Son objectif, avec l’appui du programme, est de suivre une formation et trouver un métier pour subvenir aux besoins de son enfant.
Entre 2014 et 2016, 762 victimes de violences sexuelles ont été prises en charge sur le plan médical, 507 sur le plan psychosocial, 42 cas de fistules ont été traités et 471 grossesses précoces prises en charge.
L’espoir est également permis pour Marie, 14 ans. Admise tôt le matin à l’hôpital de Béni après avoir été agressée la veille au soir, elle subit une intervention chirurgicale immédiatement. Elle reste à l’hôpital 12 jours, durant lesquels elle est totalement prise en charge médicalement. Marie retourne régulièrement à l’hôpital pour des séances de thérapie afin de lui redonner confiance en elle-même, et l’aider à oublier…. Aujourd’hui grâce à l’ONG ACOPE, qui travaille avec le programme, Marie a un petit travail et s’en sort financièrement. L’école ? Elle compte bien y retourner dans un futur proche.
Avec l’appui de l’UNFPA, partenaire du projet, des médecins et infirmiers ont été formés pour la prise en charge médicale des victimes de violences sexuelles.
Sylvie a été violée par un de ses voisins qu’elle aidait au champ. Après lui avoir administré les premiers soins ainsi que le PEP Kit*, le staff de l’hôpital d’Oicha lui a suggéré de se rendre à la clinique juridique de l’institution. L’hôpital est, en effet, équipé d’un One STOP CENTER, un centre de prise en charge complète où les victimes de violences sexuelles peuvent bénéficier à la fois de soins médicaux et d’accompagnement juridique et psychosocial. « J’ai pu aller d’Oicha à Béni d’abord pour mon audition, ensuite pour une confrontation avec mon bourreau. La clinique juridique a pris en charge tous les frais. À Béni, les frais d’avocat pour ma comparution au parquet ont été pris en charge par l’ONG Great Lakes* » dit-elle. Aujourd’hui, le violeur purge une peine de huit ans de réclusion.
« Après mon agression, j’ai été amenée à l’hôpital général d’Oicha où j’ai fait le test du PEP kit. Ensuite, l’ONG PPSP* a pris le relais pour m’aider dans ma réinsertion économique, » raconte Eve. L’ONG lui a octroyé un fonds de départ de 60 dollars. « Avec cet argent, j’ai pu acheter des bidons de carburant, de la farine, du sucre et ouvrir un petit commerce » explique Eve. Avec les bénéfices obtenus, elle scolarise son enfant, arrive à le soigner et se nourrit désormais convenablement. « Toutes ces activités m’ont aidé à reprendre le dessus, car après mon agression, je n’étais plus moi-même » explique-t-elle. Dans le futur, Eve souhaite gagner assez d’argent pour s’acheter une parcelle. « Aux yeux des autres, nous n’avons plus la même valeur à cause de l’agression que nous avons subie, c’est pourquoi il est important pour moi d’avoir ma parcelle à moi où j’irais habiter avec mon enfant » conclut-elle.
Depuis janvier 2016, 23 jugements de cas de violences sexuelles ont été rendus.
Le programme conjoint «Tupinge Ubakaji » est une initiative financée par la Coopération canadienne. Doté d’un budget de 18 millions $ CAD, ce programme de cinq ans (2013-2017) a pour objectif principal de contribuer à réduire durablement la prévalence des violences sexuelles en RDC. L’exécution du programme a été confiée au PNUD et UNFPA avec l’appui du BCNUDH et de l’UNESCO dans trois provinces : Nord Kivu, Sud Kivu et l’Ituri.
*Les prénoms ont été modifiés
*PEP kit : prophylaxie post-exposition
*ONG PPSP : partenaire de mise en œuvre sur le terrain du volet réinsertion socio-économique du programme
*ONG Great Lakes : partenaire de mise en œuvre sur le terrain de la composante juridique et judiciaire du programme
Pour en savoir plus sur le programme, voir ici et ici
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