Imaginez un monde où de vastes étendues de terres fertiles se transforment en terres désolées, où des écosystèmes autrefois pleins de vie succombent à la dégradation et où les ressources essentielles qui permettent la vie sur terre se raréfient devant nos yeux. Cette réalité alarmante devient de plus en plus familière alors que la dégradation des terres et la désertification se posent comme des défis environnementaux urgents qui exigent notre attention immédiate.
La dégradation des terres résulte d'une combinaison de plusieurs facteurs, notamment des conditions météorologiques extrêmes, en particulier la sécheresse. Elle est en outre exacerbée par les activités humaines qui contaminent ou dégradent la qualité des sols et le fonctionnement des terres. Ce processus néfaste a des impacts négatifs sur la production alimentaire, les moyens de subsistance, ainsi que la génération et l'accessibilité d'autres avantages et services écosystémiques. Par conséquent, de nombreux habitants des régions arides sont contraints d'abandonner leurs foyers et deviennent des réfugiés climatiques.
Les projections actuelles prévoient qu'en 2050, environ 700 millions de personnes pourraient être déplacées en raison du changement climatique, de la dégradation des terres et de facteurs connexes. Plus de deux milliards d'hectares de terres ont déjà subi une dégradation et ce chiffre ne cesse d'augmenter.
Il est de notre responsabilité collective de passer à l'action dès maintenant. À l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse, nous rendons hommage au rôle crucial que jouent les femmes dans la gestion des terres, en accord avec le thème "Sa terre, ses droits".
L'Initiative Équateur (en anglais) du Programme des Nations Unies pour le développement accorde une grande importance à l'autonomisation des femmes pour qu'elles participent pleinement et deviennent des leaders dans ce domaine. Cette approche favorise non seulement la durabilité environnementale, mais elle stimule également le développement social et économique au sein de leurs communautés.
En dotant les femmes de ressources financières et techniques pour restaurer les terres dégradées et développer des entreprises à petite échelle, le programme Integrated Development in Focus (en anglais), lauréat du prix Équateur en 2014 au Ghana, améliore le rendement des cultures et les revenus localement. Des groupes de femmes sont formés aux techniques de l'agriculture biologique et soutenus pour accéder à de nouveaux marchés plus rentables pour leurs produits. La croissance est assurée par un modèle selon lequel chaque femme formée est chargée de former cinq autres femmes comme condition pour recevoir le soutien. L'initiative autonomise les agricultrices en leur fournissant des connaissances, des compétences et des sources de revenus diverses. Cela a renforcé l'autonomie et le capital social des agricultrices et créé un réseau de soutien mutuel qui a amélioré la vie dans leurs communautés.
Il est essentiel de fournir un espace aux femmes locales pour co-créer leurs propres solutions de développement et se mettre en lien avec d'autres femmes et organisations partageant les mêmes idées. Ces connexions autonomisent non seulement les femmes individuellement, mais elles créent également une force collective pour le changement, car elles collaborent et se soutiennent mutuellement dans la mise en œuvre de solutions innovantes.
Swayam Shikshan Prayog (en anglais), une organisation communautaire de premier plan fondée en 1998 et basée à Pune, en Inde, propose une formation sur les techniques agricoles durables à faible consommation d'intrants et autonomise 72 000 femmes dans l'État de Maharashtra, touché par la sécheresse, pour qu'elles agissent en tant que décideuses, améliorant la sécurité alimentaire, renforçant la résilience climatique et réduisant la pression sur les ressources en eau de la région. En fournissant une plateforme aux femmes locales pour former des connexions et collaborer à la conception de leurs propres solutions de développement, l'initiative permet la diffusion de leurs connaissances et de leur expertise au sein d'un réseau plus large. Cela favorise le développement d'un mécanisme puissant pour stimuler un changement durable à grande échelle.
Incontestablement, les femmes entretiennent un lien profond avec la terre, en tant que principales dispensatrices de soins pour leurs familles et leurs communautés.
Elles possèdent des connaissances et des pratiques traditionnelles inestimables qui contribuent à l'utilisation durable des terres et aux efforts de conservation. Pourtant, les femmes autochtones et rurales sont souvent confrontées à des difficultés spécifiques, notamment un accès limité aux ressources juridiques, des préjugés culturels et des systèmes patriarcaux qui minent leur autorité. De plus, les conflits intertribaux affectent inévitablement le bien-être économique, social et psychologique des femmes.
De tels conflits peuvent être observés parmi les tribus pastorales Borena et Gabra du sud de l'Éthiopie et du nord du Kenya, qui sont depuis longtemps au centre de conflits concernant les pâturages, l'eau et les ressources naturelles en raison de conditions météorologiques extrêmes et de sécheresses. Ces conflits ont entraîné des expériences traumatisantes pour les femmes, notamment des violences sexuelles et la perte de partenaires ou de membres de leur famille. De plus, les femmes ont été marginalisées et exclues des processus décisionnels.
Cependant, Oromia Pastoralist Association (OPA), l'Association pastorale Oromia, a pris des mesures pour répondre à ces défis. Grâce à ses initiatives de consolidation de la paix, les femmes ont obtenu un accès illimité à des zones auparavant inaccessibles comme les marchés, les points d'eau et les pâturages. Cet accès retrouvé a permis aux femmes de s'engager dans des activités économiques locales et d'améliorer la stabilité financière de leurs familles. OPA a également encouragé la participation des femmes aux dialogues communautaires, aux discussions, aux initiatives de consolidation de la paix et aux processus décisionnels.
En impliquant et en autonomisant les femmes et les communautés locales et en leur garantissant l'accès à des titres de propriété sécurisés et des droits égaux, nous libérons leur immense potentiel en tant qu'actrices du changement.
Un autre exemple remarquable est celui de l'Association Tchadienne des Volontaires pour la Protection de l’Environnement (ATVPE), une ONG de sensibilisation à l'environnement et de développement social basée à N'Djamena, au Tchad et lauréate du prix Équateur en 2014. Grâce à leur processus de négociation visant à garantir l'accès aux terres pour les femmes, l'ATVPE a provoqué des changements transformateurs dans la vie de milliers de femmes au Tchad. En garantissant l'accès à des titres de propriété sécurisés et des droits égaux, les femmes sont en mesure de participer activement à la gestion, à la conservation et à la restauration des terres. Cela a entraîné des améliorations remarquables dans la sécurité alimentaire dans leurs villages et une participation accrue des femmes qui contribuent activement au initiatives de leurs communautés. Il est important de noter que la capacité d'accéder et de contrôler les ressources foncières a permis aux femmes de payer les frais de scolarité et les soins de santé ce qui crée un impact positif sur le bien-être de leurs familles et de leurs enfants.
Une autre lauréate du prix Équateur, l'Union of Agricultural Work Committees (UAWC) de Palestine (Union des comités sur le travail agricole), accorde une priorité à l'autonomisation des femmes et à l'intégration de l'égalité des sexes dans tous ses programmes. L'organisation travaille à créer un environnement où les femmes peuvent participer activement et s'engager sur un pied d'égalité avec les hommes.
En Palestine, les femmes représentent environ la moitié de la population totale. Cependant, leur participation sur le marché du travail formel reste faible. L'UAWC s'emploie activement à résoudre ce problème en mettant en œuvre une stratégie indépendante d'intégration de l'égalité des sexes. Chaque étape des activités, de la conception à la mise en œuvre et à l'évaluation, prend en compte les besoins et les priorités des femmes dans les communautés cibles. L'UAWC reconnaît qu'une approche prétendument "neutre" est insuffisante pour relever les défis spécifiques auxquels sont confrontées les femmes. Grâce à leur stratégie, l'UAWC vise à promouvoir l'équité en facilitant l'accès égal aux opportunités et en favorisant le développement de capacités essentielles.
En résumé, la dégradation des terres menace non seulement les écosystèmes et les ressources essentielles, mais elle a également des conséquences socio-économiques profondes, notamment l'insécurité alimentaire, les déplacements de populations et la perte de moyens de subsistance. L'autonomisation des femmes locales joue un rôle crucial dans la résolution de ce défi environnemental. Grâce à un accès sécurisé à la propriété foncière, des droits égaux et l'accès aux ressources, les femmes peuvent contribuer activement à la gestion, à la restauration et à la conservation des terres.
Leur implication conduit à une amélioration de la sécurité alimentaire, à une résilience accrue face au changement climatique et à un développement économique durable au sein de leurs communautés. Il est essentiel de reconnaître et de soutenir le rôle des femmes dans la lutte contre la désertification et la sécheresse, car elles sont les gardiennes de la terre et de ses droits.
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