Dans un nouveau rapport, intitulé « Inverser la tendance du déplacement interne : des solutions axées sur le développement » [Turning the tide on internal displacement: A development approach to solutions], le PNUD propose un plan d'action pour aider des millions de personnes qui ont été obligées d’abandonner leur foyer à cause du conflit ou d’une catastrophe. Le rapport examine l'impact du déplacement interne et montre qu'un soutien plus précoce et accru au développement est une condition essentielle pour sortir des crises de manière durable.
Shahzadi a tout perdu lorsque des inondations records dues aux pluies de mousson ont submergé un tiers du Pakistan en début d’année. « Nous avons reçu des vivres et un abri dans le camp, mais nous avons urgemment besoin de vêtements chauds et de couvertures pour les enfants », a-t-elle déclaré.
Les inondations ont touché 33 millions de personnes en faisant plus de 1 730 victimes. Les districts les plus pauvres et les plus vulnérables ont été les plus durement touchés. Dans ce contexte, l'aide humanitaire était la priorité absolue.
Munir Ahmad Memon a également perdu sa maison et son emploi de conducteur de rickshaw. « Ma femme aurait besoin d'une assistance médicale immédiate, et je n'ai pas les moyens de couvrir les frais médicaux. Je suis prêt à retourner dans ma ville natale, mais je n'ai pas les fonds suffisants pour reconstruire ma maison », a-t-il expliqué.
Fournir une aide humanitaire à des personnes comme Shahzadi et Munir Ahmad Memon a permis de sauver des vies, mais une reprise et une reconstruction inclusives et résilientes au climat doivent s’amorcer en parallèle. Pour que les personnes ne se contentent pas de survivre, mais qu’elles puissent s’épanouir, elles doivent pouvoir trouver des emplois et avoir accès aux services au sein de leurs nouvelles communautés, faute de quoi elles deviendront dépendantes de l'aide.
Une évaluation réalisée par les autorités pakistanaises avec l'aide du PNUD a montré qu'entre 8,4 et 9,1 millions de personnes supplémentaires pourraient passer sous le seuil de pauvreté à cause des inondations. De nombreux pays, comme le Pakistan, voient leur niveau de pauvreté et d'inégalité augmenter en raison du changement climatique, des catastrophes, des conflits, des crises économiques et des déplacements internes.
Et nous savons que la prochaine crise est juste à l'horizon. Les conflits ont atteint leur niveau le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. D'ici 2050, la Banque mondiale prévoit que le changement climatique pourrait contraindre plus de 216 millions de personnes à se déplacer à l'intérieur de leur propre pays.
Comment pouvons-nous mieux nous préparer aux catastrophes à venir le mois prochain – ou l'année prochaine ? Comment aider les personnes déjà déplacées à reprendre leur vie en main ? Comment créer le type de développement à long terme qui rend les communautés plus résilientes, même dans les endroits les plus fragiles ?
Le rapport « Inverser la tendance du déplacement interne » s'appuie sur de nouvelles données pour répondre à certaines de ces questions, montrant l'importance pour les gouvernements de garantir l'égalité d'accès aux droits et aux services de base, de promouvoir l'intégration socio-économique, de rétablir la sécurité et de bâtir la cohésion sociale.
En d'autres termes, il s'agit d'offrir un moyen d’en finir avec le déplacement interne.
La guerre en Ukraine a infligé d'immenses souffrances humaines et détruit des communautés. Près d'un tiers de la population, soit plus de 14 millions de personnes, ont fui leurs domiciles pour trouver refuge à l'intérieur du pays ou à l'étranger.
Plus de 6,5 millions de personnes demeurent déplacées en Ukraine alors que la guerre continue de faire rage. Il est de prime importance de veiller à ce qu'elles puissent bénéficier des services de base pendant la crise. Un service en ligne soutenu par le PNUD et dirigé par le gouvernement, connu sous le nom de Diia, leur permet d'accéder aux services publics essentiels.
La plateforme répond aux besoins fondamentaux des familles, afin qu'elles vivent dans plus de dignité. En plus de les aider à acheter des aliments de base ou à obtenir une aide financière pour trouver un endroit sûr où s’abriter, d'autres peuvent utiliser l'argent transféré pour acheter des cartes de téléphone portable afin de postuler à des emplois dans leurs communautés d'accueil.
Des solutions numériques sont également développées à l’appui des services de soins sociaux et des structures de soutien pour les besoins de santé physique et mentale, et des services administratifs mobiles ouvrent l’accès aux personnes déplacées et non déplacées à des services vitaux dans les zones rurales ou mal connectées.
Avec l'arrivée de l'hiver, il sera essentiel de fournir de l'énergie et du chauffage à l'ensemble de la population pour éviter une nouvelle vague de déplacements et une augmentation des besoins humanitaires. Le PNUD soutient activement la sécurité énergétique, y compris les travaux en cours visant à rétablir l'approvisionnement en énergie des installations publiques essentielles telles que les hôpitaux, les postes de pompiers et de police. Le soutien comprend des initiatives aux fins d'efficacité énergétique, contribuant non seulement à la réponse immédiate et aux besoins d'hivernage, mais aussi à la préparation d’une reprise verte.
En 2015, les combattants de Boko Haram ont attaqué la petite ville de Ngarannam, dans l'État de Borno, au nord-est du Nigeria. L'insurrection a commencé en 2009 et a depuis déplacé plus de 2 millions de personnes. Lorsque la nouvelle est tombée que les insurgés avaient atteint la ville, Abba Kawu Modu n'a pas eu le temps de faire ses bagages. « Ma maison, ma ferme, ma voiture et mes biens ont tous été pillés ou détruits », a-t-il déploré.
Ngarannam a été complètement abandonnée. Abba Kawu Modu vit désormais dans un camp de déplacés avec d'autres anciens habitants de sa ville. Ils dépendent de l'aide humanitaire et du soutien de la communauté locale pour se nourrir et pourvoir à leurs autres besoins quotidiens. « Dans le camp, il n'y a pas d'argent, il n'y a pas de bonheur, il n'y a que la faim. Mon seul espoir est de rentrer chez moi et de recommencer ma vie », a-t-il déclaré.
Il se trouve que son rêve pourrait devenir réalité. Le gouvernement du Nigéria, en collaboration avec le PNUD et avec le soutien de l'Union européenne, de l'Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède et du Royaume-Uni, reconstruit huit localités dans le nord-est du pays. Les premiers habitants de Ngarannam sont déjà rentrés chez eux. La ville a été reconstruite avec plus de 360 maisons, une école primaire, un poste de police, un marché et des installations d'eau, le tout alimenté par l'énergie solaire.
Saleh Abbah a retrouvé une nouvelle maison après que sa famille ait été déplacée à trois reprises. « Nos vies sont redevenues normales. Finis, les réveils nocturnes pour nous demander de changer d’endroit. Finies, les restrictions dans les camps. Maintenant, c'est notre maison et nous en sommes responsables », a-t-il déclaré.
Le village a été conçu sous la direction de la communauté déplacée de Ngarannam, qui a travaillé en étroite collaboration avec Tosin Oshinowo, une architecte basée à Lagos. L'initiative prévoit également des subventions pour la création de petites entreprises et une formation professionnelle dans le cadre d’un programme de développement des moyens de subsistance à long terme.
Une enquête indépendante a révélé que neuf personnes sur dix une fois rentrées chez elles étaient satisfaites des efforts du gouvernement. « Les camps sont importants pour sauver la vie de personnes et pour les mettre en sécurité, mais ils ne leur rendent pas leur dignité. Pour les membres de la communauté, revenir à Ngarannam revient donc essentiellement à retrouver leur dignité », explique Mohamed Yahya, Représentant résident du PNUD au Nigéria.
Le camp de Burtinle, dans le Puntland, ressemble à des centaines d'autres camps de déplacés en Somalie. De minuscules maisons en parpaings abritent 3 000 personnes, avec des familles entières regroupées dans des pièces individuelles. Les emplois et les services sont rares. Il peut être difficile de trouver une école pour ses enfants.
La Somalie fait face à des sécheresses et des inondations récurrentes, à des invasions de criquets et à l'extrémisme violent. Plus de 3 millions de personnes ont été déplacées. Les laisser dans des camps sans emploi, sans soins de santé et sans éducation est un gâchis que le pays ne peut se permettre ainsi qu'un terreau fertile pour le recrutement de groupes extrémistes.
Saida Abdullahi Hussein a une vision pour les résidents du camp de Burtinle. Conseillère de district depuis 2019, elle est l'une des sept femmes du conseil qui ont bénéficié de formations du PNUD portant sur la manière de plaider pour un meilleur traitement et une utilisation plus équitable des ressources. Elle a utilisé ces compétences pour faire pression en faveur de meilleurs services dans le camp.
« Le conseil local a organisé des équipes de volontaires pour apporter un soutien nutritionnel et du matériel médical », explique Saida. « Un autre défi majeur est que toutes les écoles sont éloignées, donc les enfants n'ont pas d'éducation et nous cherchons des solutions à ce problème. Il n'y a pas non plus d'approvisionnement en eau approprié ni de puits, aussi les femmes du conseil font-elles pression pour obtenir un soutien. »
Le soutien au conseil de district de Burtinle s'inscrit dans le cadre de la mission du Programme conjoint des Nations Unies sur la gouvernance locale en Somalie. À Burtinle, une nouvelle route a pu être construite pour relier les entreprises à davantage de clients. Les enseignants sont payés à temps et enseignent dans des écoles mieux équipées. Il y a plus d'emplois pour les jeunes. Tout cela s'est déroulé sur plusieurs années, mais les progrès sont tangibles.
De nombreux pays touchés ne seront pas en mesure d'atteindre les objectifs mondiaux essentiels en matière de pauvreté, d'éducation, de sociétés pacifiques et d'égalité des sexes – sans s'attaquer pleinement au problème du déplacement interne.
Le rapport « Inverser la tendance du déplacement interne » se concentre sur les personnes, leurs opportunités et leurs choix, et sur ce que cela signifierait de mettre fin au déplacement du point de vue du développement humain. Pour trouver ces solutions, les gouvernements des pays touchés doivent veiller à ce que les droits et les besoins de tous leurs citoyens et résidents soient satisfaits, y compris ceux qui sont déplacés à l'intérieur de leur propre pays.
En investissant dans le développement, les gouvernements aideront les personnes à surmonter les conséquences de leur déplacement et encourageront leur contribution aux économies et aux sociétés.
« Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour mettre fin à la marginalisation des personnes déplacées qui doivent pouvoir exercer pleinement leurs droits en tant que citoyens, notamment en accédant à des services vitaux tels que les soins de santé, l’éducation, la protection sociale et les possibilités d’emploi, » Achim Steiner, Administrateur du PNUD.
Le nouveau rapport du PNUD, intitulé « Inverser la tendance du déplacement interne : des solutions axées sur le développement » [ Turning the tide on internal displacement: A development approach to solutions] propose un plan d'action pour aider des millions de personnes qui ont été contraintes de quitter leur foyer en raison d'un conflit ou d'une catastrophe.
Le rapport examine l'impact du déplacement interne et s'appuie sur de nouvelles données pour montrer que l'investissement dans le développement est essentiel pour aider les personnes à sortir de la crise et à bâtir des communautés prospères.
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