Tanta se trouve sur le haut plateau central de la région de Lima, au sud-ouest du Mont Pariacaca, à 4 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette petite communauté de maisons en pisé aux toits à pignons rouges abrite quelque quatre cents habitants. Elle n’a pas Internet, mais elle a accès à l’eau, à l’électricité et à la téléphonie cellulaire. Il y règne un froid terrible. Pour Edith Fernández-Baca, coordinatrice du Projet d’adaptation axé sur les écosystèmes montagneux au Pérou, « lorsque l’on a procédé à une étude sur la vulnérabilité aux changements climatiques, on s’est rendu compte que Tanta, bassin versant donnant naissance à trois cours d’eau, le Cañete, le Mantaro et le Pachacayo, devait occuper une place prépondérante dans la mise en œuvre du programme. »
À cause d’activités pratiquées par les populations de cette zone, le cheptel a peu à peu envahi Moyobamba, une région herbeuse des hauts plateaux abritant de nombreuses vigognes, ce qui a endommagé la couche arable.
« Ce type d’activité entraîne une érosion qu’exacerbent les changements pluviométriques. Cela empêche la captation de l’eau et sa pénétration dans le sol, provoquant des ruissellements et aggravant l’érosion », explique Rommel Segura, un habitant de Tanta agronome et spécialiste en pâturages et cheptel. D’ailleurs, nombreux sont les experts qui prédisent que si la situation actuelle persiste, Tanta se trouvera dans une situation de stress hydrique sans précédent d’ici 2030. Et ce n’est pas le scénario le plus pessimiste : même des zones côtières comme Cañete et Lima verraient leurs réserves d’eau diminuer considérablement, tant pour la consommation humaine que pour l’agriculture ou l’électricité. « De même, poursuit Segura, la coexistence débridée des vigognes avec le cheptel domestique a déjà provoqué la prolifération de maladies parasitiques comme la gale chez les alpagas et les lamas. »
Une discussion du chaccu arrive donc à point. Il s’agit d’une façon traditionnelle de rabattre les animaux dans un corral, en général pour les tondre. Mais cette activité traditionnelle a aussi un autre but : soigner les animaux afin de combattre la gale, qui provoque un taux élevé de décès chez les bêtes.
« D’un point de vue vétérinaire, le chaccu se déroule dans le contexte d’une stratégie plus large englobant plusieurs mesures de l’EbA : gestion du cheptel et retour des espèces domestiques dans les fermes communales, exploitation rationnelle des pâturages et des ressources en eau des hauts plateaux andins, et renforcement de la gestion des vigognes et de l’écosystème », explique Woodro Andia, coordinateur local du projet EbA. Il insiste cependant sur le fait que « les décisions et propositions faites dans le cadre du le projet ou du Service national pour la protection publique des zones naturelles (SERNANP), partenaire stratégique du programme dans ce contexte, ne sont jamais mises en œuvre sans l’assentiment complet des habitants de Tanta. » Le chaccu est hautement compatible avec les mesures prises par l’EbA, car il n’implique pas une « infrastructure grise » permanente (système traditionnel de gestion de l’eau) et qu’il a pour objectif de renforcer la préservation de l’écosystème, de la flore et de la faune de l’endroit.