Les attentats du dimanche de Pâques 2019 contre des églises et des hôtels au Sri Lanka, qui ont fait près de 270 morts et environ 500 blessés, ont été les pires de l’histoire du pays.
La propagation de fausses informations à la suite de ces attaques a quant à elle creusé le fossé entre les communautés bouddhistes et musulmanes.
Mi-2020, le PNUD a pris contact avec plusieurs organisations, dans le but de mettre au point des outils efficaces pour réduire la vulnérabilité des populations sri lankaises vis-à-vis de l’extrémisme violent. Le Centre du journalisme d’investigation (en anglais, Center for Investigative Reporting - CIR) s’est investi dans la résolution de ce problème, auquel font face de nombreux pays.
Au Sri Lanka, la presse dispose de moyens technologiques actuels, mais l’éducation aux médias est parmi les moins développées de la région de l’Asie du Sud. La transparence et l’intégrité des médias ne sont pas toujours garanties.
Les technologies et la diversification des médias font que ce sont les « scoops » qui se voient accorder la priorité, et les réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans la diffusion quasiment instantanée d’informations à des millions de personnes.
Le CIR encourage les journalistes et d’autres acteurs de la société à étudier plus en détail les sujets d’actualité, à produire des articles d’investigation et à éviter toute rhétorique et propagande. Financée par l’Union européenne, cette initiative a pour objectif de doter des journalistes, des conteurs visuels (« visual storytellers »), des blogueurs, des journalistes citoyens, des éducateurs médias et les citoyens qui le souhaitent d’outils leur permettant de mener de véritables enquêtes journalistiques, afin de mettre un terme à la diffusion de messages haineux.
Les projets du CIR, uniques en leur genre au Sri Lanka, ont débuté en novembre 2020 et se sont articulés autour de trois axes. Le premier était l’éducation aux médias. Dix-huit sessions de formation ont été organisées pour 300 journalistes, universitaires spécialisés dans les médias, associations citoyennes, journalistes citoyens et citoyens, qui ont été sensibilisés à l’importance de comprendre le fonctionnement des médias.
Keshayini Edmond, architecte, ingénieure et journaliste freelance de Batticaloa, avait le sentiment qu’en tant que membre de la communauté tamoule, l’une des principales minorités du pays, elle n’interagissait que peu avec les autres communautés, voire pas du tout.
« Grâce à ce projet, j’ai appris que ces stéréotypes étaient artificiels et qu’ils ne pouvaient pas justifier le fossé qui sépare nos communautés. Chaque communauté doit être respectée et aimée », affirme-t-elle.
Le but de Keshayini, en participant à ce projet, et ce qui la rend la plus fière, c’est d’aborder des sujets que la plupart de ses collègues éviteraient.
« Les gens m’ont toujours découragée de parler de sujets délicats. Mais je veux que ça change. En tant que journaliste freelance, il est de mon devoir de faire émerger la vérité ».
La deuxième phase de l’initiative du CIR a été la collaboration avec des experts locaux et internationaux. Des journalistes aguerris ont pu suivre une formation sur le journalisme d’investigation pour ensuite devenir formateurs et mentors.
La rédactrice adjointe du journal Ceylon Today et ancienne professeure au Sri Lanka College of Journalists, Gagani Weerakoon, a participé au projet.
« Ce projet m’a permis d’aiguiser ma réflexion critique tout en mettant la théorie en pratique. Il m’a par ailleurs fait comprendre à quel point il était important d’enquêter sur les sujets d’actualité, même lorsqu’ils partent d’un simple message sur WhatsApp, avant de publier les informations », précise-t-elle.
Koshala Gunawardena, un jeune journaliste freelance sur le web de Sooriyawewa, s’est réjoui de pouvoir poser des questions plus profondes et il affirme que le programme a changé sa vision du journalisme.
« Pourquoi les faits se sont-ils produits ? Quelles en sont les causes sous-jacentes ? Ces raisons sont-elles valables ? S’expliquent-elles par une réalité sociale ? Même s’il est difficile de trouver des réponses à ces questions dans le système actuel, je relèverai le défi ».
La troisième phase de l’initiative consistait à adopter une nouvelle approche en mettant l’accent sur le journalisme créatif et factuel. Le programme, qui était consacré au journalisme citoyen et, plus précisément, à la narration visuelle et à la création de contenu convaincant, a attiré plus de 200 jeunes qui n’étaient pas des journalistes conventionnels. Les sujets de leurs articles, qui ne se retrouvent généralement pas dans la presse, parlaient d’inclusion et de diversité.
Keshayini, Gagani et Koshala leur montrent la voie. Ils encourageront plus de citoyens à faire valoir les principes de la responsabilité journalistique, tout en écrivant des articles qui ne favorisent pas les divisions raciales ou religieuses.
« Ce n’est pas mon rôle de véhiculer des stéréotypes, de marginaliser des personnes ou des communautés comme le font certains journalistes dans les médias de masse, ou de diffuser de fausses informations. Mes lecteurs ont le droit de connaître la vérité. Je veux leur offrir cette vérité et, ce faisant, faire évoluer le journalisme. Si j’ai pu faire changer une personne d’avis, j’ai fait la différence », explique Koshala.
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