La carrière d’ingénieur militaire d’Oleksandr Lobov l'a mené à devenir un expert international et lui a fait faire le tour du monde, de l'Afghanistan à la Somalie.
Jamais il ne se serait imaginé que son expertise le ramènerait chez lui.
“ Je n’aurais jamais pu imaginer ce qui se passe en Ukraine aujourd'hui et que mes connaissances et mon expérience seraient utiles pour mon pays ”, dit-il.
L'Ukraine est aujourd'hui l'un des pays les plus contaminés par les mines au monde. On estime que 25% du pays a été exposé à la guerre, soit l'équivalent de quatre fois et demie la taille de la Suisse.
“ Les gens souffrent à cause des mines et des munitions non-explosées. Beaucoup de personnes en sont mortes, adultes et enfants ”, précise M. Lobov, Analyste dans l'action contre les mines du PNUD. “ C'est le taux d'accidents le plus élevé au monde, et nous ne savons pas à quel niveau de contamination nous en serons d'ici quelques mois.”
Mettre l’Ukraine hors de danger sera une tâche longue, complexe et très coûteuse. La Banque mondiale estime que le coût de la neutralisation complète des explosifs et munitions dépassera les 37 milliards de dollars américains.
“ Il y a des mines terrestres et des munitions dans le sol qui n’ont pas explosé sur des zones étendues. On trouve également des munitions abandonnées qui jonchent les champs de bataille ainsi que des dépôts et des caches de munitions qui ont été touchés, projetant des milliers d'engins explosifs aux alentours ”, explique Guy Rhodes, coordinateur du sous-cluster d'action contre les mines du PNUD.
Le gouvernement ukrainien et ses organes exécutifs comme le Service d'urgence de l'État (SESU) sont à la tête d'une réponse internationale inédite, alors que l'aide des organisations internationales afflue dans le pays. Malgré les décennies d'expérience dans la gestion de risques liés aux mines non-explosées héritées des guerres mondiales, ce récent conflit constitue une toute nouvelle échelle dans les difficultés en matière de coordination, de manque de capacités et planification.
“C'est bien au-delà de ce que le gouvernement ukrainien a pu gérer par le passé; ils ont donc fait appel à l'aide internationale, demandé des équipements supplémentaires et à des formations ”, a déclaré M. Rhodes.
Le PNUD a reçu des financements de l’Union européenne, de la Croatie, du Danemark, du Japon, du Royaume-Uni et de la France afin de renforcer les capacités d'action du gouvernement ukrainien.
Le PNUD travaille avec le gouvernement ukrainien depuis 30 ans et gère le programme d’action contre les mines des Nations Unies. C'est un partenaire essentiel qui appuie le Service d'urgence de l'État et veille à ce que qu'un appui opérationnel et logistique renforcé grâce à l'expertise et aux fonds internationaux conduise à une réponse plus efficace face aux risques posés par les résidus de guerre explosifs.
"Les nombreuses années d'expérience du PNUD en Ukraine et sa capacité opérationnelle sont vitales dans notre stratégie d'action contre les mines ", a déclaré Roman Prymus, chef adjoint du Service d'urgence d’État en Ukraine. "Nous lui sommes reconnaissants pour cette assistance internationale solide."
Deux jours par semaine, M. Lobov monte en voiture avec une liste d’adresses et rend visite aux familles dont les maisons ont été détruites. Ce travail est périlleux et épuisant. Il écoute, encore et encore, des récits de peine et de pertes avant de faire le tour des propriétés prudemment pour déterminer si elles nécessitent une intervention complémentaire de la part des services d'urgence ou si l'enlèvement des débris peut débuter.
L'enlèvement des débris ne représente qu’un seul aspect de la réponse du PNUD dans son action contre les mines. Ce conflit a déjà créé, dans seulement 40 localités de l'oblast de Kiev, au centre de l'Ukraine, assez de débris pour recouvrir l'équivalent d'une route entre Kiev et Berlin. Les débris doivent également être traités et recyclés et les déchets dangereux, tels que l'amiante, enlevés.
“ L'action contre les mines est un catalyseur; elle facilite l'accès humanitaire, permet la réinstallation des personnes en toute sécurité, la libération des terres pour l’agriculture, facilite la réhabilitation des infrastructures sans risque, mais ouvre la voie plus largement aux efforts de reconstruction et à un retour à la normale. Aussi, avec des ressources limitées, il est nécessaire de veiller à ce que les efforts soient ciblés dès le début sur les principales priorités ”, a déclaré M. Rhodes.
Une cartographie précise est essentielle pour l’action contre les mines et, à l'aide de satellites et de drones, le PNUD peut produire une analyse détaillée de la portée et de l'ampleur des dégâts causés par le conflit. Ces informations sont introduites dans une base de données nationale.
“Après un conflit il y a cette grande incertitude sur la localisation précise de la propagation des munitions explosives, donc l'une des priorités est de mieux identifier le problème afin de planifier les opérations dans les zones en visant le plus gros impact ”, a déclaré M. Rhodes.
Avant même cette guerre, l'Ukraine enlevait chaque année 80 000 débris explosifs. M. Lobov sait à quel point il est important de soutenir une reprise économique et sociale globale et à long terme. En particulier dans les endroits où les gens n'ont d'autre choix que de prendre des risques parce qu'ils dépendent des forêts pour se nourrir et générer des revenus.
“Quand les gens n'ont pas d'autre solution, ils vont en forêt et il y a de nombreux accidents”, dit-il.
Le PNUD et ses partenaires ont bien conscience qu’il ne peut y avoir de solutions à court-terme.
“Nous sommes ici depuis 30 ans. Nous soutiendrons les capacités nationales dans l'action contre les mines et grâce à des équipements, des formation et une assistance beaucoup plus conséquents, nous serons en mesure de renforcer les piliers de la réponse pour aujourd’hui et aussi pour le futur”, a conclu M. Rhodes.
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